Le calvaire

Marie Krysinska

À Raoul Gineste

De la lande attristée vers le ciel d’or glorieux
Monte la vieille Croix de pierre
Aux héroïques bras, jamais lassés
De leur geste large ouvert, et sur qui les averses
Ont mis l’offrande des mousses.
Et tous à genoux sur l’herbe rare
Courbant leurs pesantes échines, –
Comme font les boeufs au labour, –
Ils prient et ils pleurent les admirables Humbles,
Les enviables Humbles;
Ils pleurent sans rancune, ils prient sans colère,
A genoux sur l’herbe rare
De la lande attristée – vers le ciel d’or glorieux.
Voici nos douleurs, ô Christ
Qui aimes la douleur;
Bois nos larmes, Dieu
Qui te plais aux larmes!
Voici nos misères
Et voici nos deuils
Et l’opaque fumée de notre malice
Qui monte vers Ta Face, ainsi
Que la fumée des entrailles sanglantes
D’un bouc égorgé pour le sacrifice.
Et le crépuscule monte de la terre –
Comme une vapeur d’encens
Monte de l’encensoir –
Une miraculeuse Paix efface l’horizon
Et s’épand ainsi qu’une fraîche pluie
Sur l’aride cœur qui souffre.
Et, dans l’ombre commençante
La vieille Croix agrandie
Semble unir le sol au zenith –
Comme un Pont jeté
Sur les éthéréennes ondes –
Comme un sublime et symbolique Pont, menant
De la lande attristée – vers le ciel d’or glorieux.

Marie Krysinska, Rythmes pittoresques

 

 

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Un commentaire sur “Le calvaire”

  1. theodore

    dit :

    Ce poème l’a émue, je suis trop heureux, ce poème changé ma vie, si je pouvais mieux voir de mon oeil de travers.. Croyais moi je le ferais.

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