C’est entre septante et nonante

Esther Granek

C’est entre septante et nonante
Qu’on voudrait prendre la tangente
Refaire des galipettes encore
Et tourner le dos à son sort.

C’est entre septante et nonante
Qu’on aime écouter les histoires
Tout en sachant qu’on est la poire
Des jolis rêves qui vous hantent.

C’est entre septante et nonante
Qu’on s’accroche d’une griffe affaiblie
Aux années qui n’ont plus de prix
Quand on voit le bas de la pente.

C’est entre septante et nonante
Qu’on tient le plus à ses pénates.
De l’asile pourvu qu’on vous exempte
Avant la dernière mise en boîte.

Allez les septante les nonante !
Cessez donc de broyer du noir
Car aujourd’hui l’âge vient tard
Vous êtes jeunets et les ans mentent.

Allez les septante les nonante !
Gaiement faites faire la culbute
L’amour ne vous a pas dit zut
Et soyez de ceux qui enchantent.

Allez les septante les nonante !
Faites honneur aux cochonnailles
Et empiffrez-vous aux ripailles
Et reprenez de ce qui tente.

Allez les septante les nonante !
N’avez point dit le dernier mot
Et si l’on vous prend pour des sots
Vous leur ferez voir qu’à nonante…

Allez les septante les nonante !
Allez les septante les… !
Allez les sep… !
Allez… !
Ahhh…
Fin.

Esther Granek, Portraits et chansons sans retouches, 1976

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Un commentaire sur “C’est entre septante et nonante”

  1. Cevenol

    dit :

    Délicieux poème, tout en finesse et illuminé d’espoir… Non, l’amour ne délaisse jamais personne a quelques âges qui soient, septante ou nonante…!

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