La beauté

Charles Baudelaire

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire, les Fleurs du mal

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19 commentaires sur “La beauté”

  1. NICOLE PERROT

    dit :

    Dans ce poème de Baudelaire, « La Beauté » représente le rêve inaccessible parce qu’idéalisé, d’où cette notion de froideur inerte qui « meurtrit », qui blesse profondément les âmes qui espèrent qu’elle existe et qu’elle les sauvera, sans doute, de leurs imperfections, de leurs faiblesses: « Dociles amants ».

    Idéalisée, elle l’est car elle est le produit de l’imaginaire humain dans son espoir irrépressible, parce que nécessaire, de suppléer au manque de beau rencontré sur cette terre, au manque de vie heureuse, représenté par la matière et la pierre dépourvues de sentiments mais soudain, grâce à l’imaginaire, transformées en écrans miroirs des fantasmes humains.

    Le fantasme, lui, vient au secours de l’homme dans son désir d’avancer, malgré tout. Illusion nécessaire à l’équilibre entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, entre la joie et la peine des espoirs perdus : »Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. » déclare la Beauté.

    D’autre part, on peut avancer l’idée que ce poème met en lumière le plus profond paradoxe humain : Un corps mortel aux désirs d’éternité: désir représenté, par effet miroir, par ce que révèle la Beauté de son pouvoir: « Mes yeux aux clartés éternelles ».

    Faute de ne pouvoir être éternels et parfaits, les êtres humains voient dans leur imaginaire, donc à travers leurs fantasmes, une source inépuisable à la recherche de compensation au beau inexistant. Mais à la manière d’un coup de grâce, au cas où ils ne l’auraient pas encore compris, cette Beauté froide et inaccessible assène le pauvre hère, qu’est l’être humain, de cette proclamation moqueuse : ils « Consumeront leurs jours en d’austères études. »

    Il en est ainsi de la nature de l’homme courant à l’envie après l’impossible rêve de pureté, de perfection synonyme de beau.

  2. Orendi

    dit :

    Quoi de plus beau que la femme ?

  3. Benger

    dit :

    La poésie est, ou n est pas…

    Elle n à pas de qualité ou de defauts humains

    Pour paraphraser Blaise Pascal

    « La poésie est sensible au cœur, defini comme un je sais quoi et un presque rien… »
    Vladimir Jankelevitch
    Au xix la découverte de la Venus de Milo

  4. LASTRAJOLI

    dit :

    Voir Phryné…

    Ce siècle était celui des demi-mondaines qui ruinaient de riches amants, comme Cléo de Mérode, Liane de Pougy, La belle Otéro, Marie Duplessis, Madame Sabatier…

  5. Français.org

    dit :

    Magnifique poème ! Un peu égoïste mais magnifique !

  6. Abdou

    dit :

    Svp, quelqu’un fait moi un plaisir. Je veux le découper syllabiquement le premier quatrain. Merci.

  7. manon schwager

    dit :

    Ce poème n’évoquerait-il pas la beauté des belles statues qui représentent LA beauté idéalisée et ainsi immortalisée ? Celle qui fait rêver, la beauté toute pure n’est-elle pas froide parfois ? La beauté sur laquelle on se heurte parce qu’à la fin, c’est dur à dire, mais c’est une façade. Le vrai est ailleurs.

    D’autre part le poète est à la recherche d’absolu, la beauté absolue se retrouve dans une statue. C.B fait un bel entrelacs entre les 2.

    Peut-être laisse-t-il le lecteur se glisser dans cet au-delà que peut engendrer ou être suscité par la beauté.

  8. max

    dit :

    J’aime…

  9. Bal

    dit :

    Normal de se « meurtrir » à son sein puisqu’il est en pierre. Et ses yeux trop larges, comme des billes de loto ! Son immobilité, comme la mort, un squelette qui ne saurait rire ou pleurer. Vous ne voyez pas que Baudelaire se moque de la beauté : il n’a pas décrit le charme, la grâce, le sourire, toutes ces choses avec autant de force car c’est trop difficile… Reste aux poètes, aux vrais, à se dissiper en de joyeuses études !!!

  10. Audrey

    dit :

    Selon moi, ce poème recèle une énigme. J’ai l’intime conviction qu’il relate un culte voué à Isis, dans le cadre dès sociétés secrètes, occultes et ésotériques, très en vogue à Paris au XIXeme. Allusion à l’Égypte : Pierre, sphinx, fiers monuments, les miroirs utilisés dans les pyramides afin d’en éclairer le centre. Allusions à Isis : une attitude en danse classique désigne une posture en forme de double croissants jambes et bras (même forme que les ailes de Isis), Cygne = oiseau t’elle qu’est représentée Isis. Voir avec un égyptologue si Isis est associée à la lune : Isis est représentée la tête surplombée d’un soleil. « Je hais le mouvement qui déplace les lignes »> je hais la rotation du soleil qui change l’ordre des ombres projetées sur le sable. « Les poètes consumeront leurs jours en d’austères études » car étant lune je n’apparaîs que la nuit. « Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris », en effet, un astre n’a pas d’émotion. La blancheur de cygne / signe : la lune est blanche se découpant sur fond noir (nuit) à l’inverse du soleil, blanc projetant des ombres noires sur le sable (voir que les premières représentations humaines étaient le théâtre des ombres). À Approfondir !

  11. Sylvain Foulquier

    dit :

    « Je suis belle ô mortels ! comme un rêve de pierre » est sans doute l’un des vers les plus sublimes de l’oeuvre baudelairienne. Le mot « pierre » ne désigne pas (comme cela a parfois été dit) que la pierre des statues ou des temples, mais désigne aussi et surtout les pierres précieuses : le saphir (le ciel et la mer), l’émeraude (la mer verte) et le diamant (les étoiles)…

  12. YVERINHO

    dit :

    Ce poème est magnifique

  13. Clarisse

    dit :

    Ce poème est bien lyrique?

  14. Mohamed El Jerroudi

    dit :

    Beau poème…

  15. JJ Lauvernier

    dit :

    Léo Ferré à mis en musique ce poème ; trés belle mise en valeur

  16. BONEZIA

    dit :

    L’idéalisation de la Beauté platonique inspirée de Madame De Sabatier.
    Cette Muse incarnerait-elle le Divin tandis que Jeanne la mulâtresse sublimerait le Mal ?

  17. Jean-Jaque

    dit :

    Ce poème est magnifique, je suis touché par ces paroles.

  18. eipos

    dit :

    beau poème

  19. Elisa

    dit :

    Bonjour, je fais une anthologie de la Poésie sur « La femme » et je dois faire des lectures analytiques des poèmes sauf que je ne suis pas très douée… J’ai sélectionné ce poème. Pourriez-vous m’aider ? Merci !

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