1909

Guillaume Apollinaire

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d’or
Était composée de deux panneaux
S’attachant sur l’épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N’entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer

J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau

J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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7 commentaires sur “1909”

  1. Mehdi

    dit :

    Une allégorie de lui même, ivre ?

  2. ORANGE Christian

    dit :

    Je trouve la description de la femme assez plate pour un auteur si connu. S’agit-il d’une prostituée rencontrée au détour d’une rue ? Elle lui reste extérieure. Que craint-il d’elle ? Sa beauté ? Ou de ne pas savoir qu’en faire ?

  3. Sylvain Foulquier

    dit :

    Les 9 derniers vers sont absolument merveilleux. L’un des plus beaux poèmes d' »Alcools », livre qui marque le véritable commencement de la littérature moderne.

  4. Fabrice

    dit :

    « Cette femme était si belle
    Qu’elle me faisait peur »

    La beauté de la femme chez Apollinaire serait-elle un obstacle à l’expression de ses sentiments d’amour? Qu’est ce qui justifierait qu’il ait autant si peur du temps nouveau? Au final, le manque de confiance en soi ne serait-il pas son véritable problème?

  5. dc

    dit :

    La peur profonde de l’auteur de decevoir l’amour profonde d’une bien aimée qui lui est si chère, et qu’elle puisse se tromper à son sujet sans savoir, ni comprendre ce qu’il endûre au premier regard.

  6. Fabrice Chiudini

    dit :

    Aurait il peur de la décevoir sa belle ? Ou préfère t-il la vie crue et dur pour assouvir ses plaisirs, pensant que la belle dame lui fera l’affront de l’ignorer ? La facilité peut être, pas besoin de passer pour gentilhomme aux bonnes manières. Un écorché vif au talent aussi grand que la beauté de ses poèmes.

  7. aires

    dit :

    Les femmes les plus belles nous faisant peur comme des hommes mauvais…

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