Ce que c’est que la mort

Victor Hugo

Ne dites pas : mourir ; dites : naître. Croyez.
On voit ce que je vois et ce que vous voyez ;
On est l’homme mauvais que je suis, que vous êtes ;
On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fêtes ;
On tâche d’oublier le bas, la fin, l’écueil,
La sombre égalité du mal et du cercueil ;
Quoique le plus petit vaille le plus prospère ;
Car tous les hommes sont les fils du même père ;
Ils sont la même larme et sortent du même oeil.
On vit, usant ses jours à se remplir d’orgueil ;
On marche, on court, on rêve, on souffre, on penche, on tombe,
On monte. Quelle est donc cette aube ? C’est la tombe.
Où suis-je ? Dans la mort. Viens ! Un vent inconnu
Vous jette au seuil des cieux. On tremble ; on se voit nu,
Impur, hideux, noué des mille noeuds funèbres
De ses torts, de ses maux honteux, de ses ténèbres ;
Et soudain on entend quelqu’un dans l’infini
Qui chante, et par quelqu’un on sent qu’on est béni,
Sans voir la main d’où tombe à notre âme méchante
L’amour, et sans savoir quelle est la voix qui chante.
On arrive homme, deuil, glaçon, neige ; on se sent
Fondre et vivre ; et, d’extase et d’azur s’emplissant,
Tout notre être frémit de la défaite étrange
Du monstre qui devient dans la lumière un ange.

Victor Hugo, Les contemplations

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6 commentaires sur “Ce que c’est que la mort”

  1. Hfxx

    dit :

    C’est magnifique, je trouve.

  2. mattéo

    dit :

    C’est super pour ma lecture de français

  3. elaine

    dit :

    C’est magnifique! J’adore Victor Hugo grand poete. Merci !

  4. Lally

    dit :

    C’est magnifique, je trouve.

  5. Jacqueline thery

    dit :

    C’est beau.. Comme du Verlaine…Si c’est cela la mort , alors elle semble belle…?

  6. Pierre-François Kettler

    dit :

    Magnifique poème de Victor Hugo, des Contemplations, en effet !

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