Le Salon

Emile Nelligan

La poussière s’étend sur tout le mobilier,
Les miroirs de Venise ont défleuri leur charme;
Il y rôde comme un très vieux parfum de Parme,
La funèbre douceur d’un sachet familier.

Plus jamais ne résonne à travers le silence
Le chant du piano dans les rythmes berceurs,
Mendelssohn et Mozart, mariant leurs douceurs,
Ne s’entendent qu’en rêve aux soirs de somnolence.

Mais le poète, errant sous son massif ennui,
Ouvrant chaque fenêtre aux clartés de la nuit,
Et se crispant les mains, hagard et solitaire,

Imagine soudain, hanté par des remords,
Un grand bal solennel tournant dans le mystère,
Où ses yeux ont cru voir danser les parents morts.

Emile Nelligan, Les Pieds sur les Chenets

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Un commentaire sur “Le Salon”

  1. Elodie Gascon

    dit :

    Je remplacerais: les miroirs de Venise, par les miroirs de Denise, en l’honneur de la vieille folle

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