À une jeune fille

Charles Cros

Pourquoi, tout à coup, quand tu joues,
Ces airs émus et soucieux ?
Qui te met cette fièvre aux yeux,
Ce rose marbré sur les joues ?

Ta vie était, jusqu’au moment
Où ces vagues langueurs t’ont prise,
Un ruisseau que frôlait la brise,
Un matinal gazouillement.

*

Comme ta beauté se révèle
Au-dessus de toute beauté,
Comme ton cœur semble emporté
Vers une existence nouvelle,

Comme en de mystiques ardeurs
Tu laisses planer haut ton âme.
Comme tu te sens naître femme
À ces printanières odeurs,

Peut-être que la destinée
Te montre un glorieux chemin ;
Peut-être ta nerveuse main
Mènera la terre enchaînée.

*

À coup sûr, tu ne seras pas
Épouse heureuse, douce mère ;
Aucun attachement vulgaire
Ne peut te retenir en bas.

*

As-tu des influx de victoire
Dans tes beaux yeux clairs, pleins d’orgueil,
Comme en son virginal coup d’œil
Jeanne d’Arc, de haute mémoire ?

Dois-tu fonder des ordres saints,
Être martyre ou prophétesse ?
Ou bien écouter l’âcre ivresse
Du sang vif qui gonfle tes seins ?

Dois-tu, reine, bâtir des villes
Aux inoubliables splendeurs,
Et pour ces vagues airs boudeurs
Faire trembler les foules viles ?

*

Va donc ! tout ploiera sous tes pas,
Que tu sois la vierge idéale
Ou la courtisane fatale…
Si la mort ne t’arrête pas.

Charles Cros, Le Coffret de santal

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8 commentaires sur “À une jeune fille”

  1. Jean REYNARD

    dit :

    @Kurt
    Le poème s’adresse à une « jeune fille » (cf. le titre), pas nécessairement à une enfant en bas âge.

    Sinon, savoir contextualiser :
    C’est l’époque d’Edgar Degas (né en 1834) : La Petite Danseuse de quatorze ans est une sculpture réalisée entre 1875 et 1880. C’est aussi l’époque d’Alice de Lewis Carroll, et pas encore celle des danseuses qu’David Hamilton photographiait et se tapait sous l’œil aveugle ou complaisant des parents.
    C’est l’époque de Rimbaud et de l’esclavagisme qui a permis la culture du coton en Amérique, contribuant à l’enrichissement des États-Unis, puis à leur engagement pour libérer l’Europe du nazisme.
    Autrement dit, rien n’est simple.

    Pédophilie, inceste, œuvres d’art…
    Duchamp parlait d’œuvre dard — arme de jet ancienne formée d’une pointe de fer fixée à une hampe de bois ou organe vulnérant impair, creux, parfois venimeux, …
    Dans les années 1970, Irina Ionesco photographiait sa fille Eva dans des compositions sulfureuses et macabres : La prise de conscience des traumatismes causés par la pédophilie (ou l’inceste) n’a émergé que tardivement au XXe siècle. Encore, Léonard de Vinci échappe aujourd’hui au jugement qu’on aurait pu porter sur son emprise sur Salai.

    Savoir prendre de la distance :
    Une « jeune fille vierge » ne désigne pas forcément une préadolescente ou une enfant. Si, aujourd’hui, certaines collégiennes imitent les vidéos partagées par leurs parents pour paraître adultes, ou que des gamines sont encouragées par ses mêmes parents à être grimées en bimbo pour se rendre aux anniversaires, il faut rappeler que ce n’est pas l’époque de Charles Cros.
    Autrement dit : ne pas projeter ses propres démons dans l’œuvre sans les identifier et les reconnaître.

    Personnellement, Charles Cros.
    j’ai plus de respect pour l’humanisme de Cros — scientifique et inventeur — que pour son alcoolisme ou certaines mièvreries poétiques de sa jeunesse tourmentée.

    Personnellement encore, tout jugement à l’emporte-pièce m’indispose.

  2. victor

    dit :

    Vraiment d’accord avec Kurt. Je trouve ce poème vraiment très déplacé, vraiment inacceptable de dire tant d’attrocités dans un poème qui est sensé être sacré.

  3. Shri Klemo

    dit :

    Encore un cretin qui confond tout! Je parle de Kurt ,bien sur.

  4. Kurt

    dit :

    Encore un pédophile qui se prend pour un poète.

  5. Johnson ma gueule

    dit :

    Fantastique et enivrant❤

  6. Ananas Roger

    dit :

    A qui s’adresse ce poème?? Il est Magnifique!

  7. Alain Maltais

    dit :

    Il y a des poètes et des poèmes qui s’enivrent. J’ai bien aimé. Je serais allé au lit rejoindre mon amour si tu n’avais pas été si long. Le jour se lève sur les derniers mots de ton délire. Je n’ai pas froissé mes draps, Je n’ai pas fait l’amour. J’ai passé mon temps à te lire.

  8. le poete de l’exil

    dit :

    magnifique

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