La Mort des amants

Charles Baudelaire

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857

Imprimer ce poème

3 commentaires sur “La Mort des amants”

  1. LECTEZ

    dit :

    En 2001, paru chez Gallimard, (collection  » Le promeneur  » ) une étude critique (vers par vers) de ce poème. L’auteur : Jacques Drillon. Titre du livre (environ 150 p.) :  » Les Gisants « . Brillantissime ! En espérant que ce commentaire puisse servir aux étudiants et aux amateurs de la poésie de Baudelaire.

  2. Evan katakala

    dit :

    C’est parfait!

  3. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    « La mort des amants » est sans doute des poèmes d’amour les plus bouleversants qui aient jamais été écrits. A la fois très sobre, plein de retenue, et néanmoins rempli de passion, de ferveur, il me fait penser à certaines oeuvres de Rodin (Le Baiser, L’Éternelle idole). Un joyau absolument intemporel : Baudelaire a écrit avec ce poème un des sommets du romantisme universel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *