Abel et Caïn

Charles Baudelaire

I

Race d’Abel, dors, bois et mange ;
Dieu te sourit complaisamment.

Race de Caïn, dans la fange
Rampe et meurs misérablement.

Race d’Abel, ton sacrifice
Flatte le nez du Séraphin !

Race de Caïn, ton supplice
Aura-t-il jamais une fin ?

Race d’Abel, vois tes semailles
Et ton bétail venir à bien ;

Race de Caïn, tes entrailles
Hurlent la faim comme un vieux chien.

Race d’Abel, chauffe ton ventre
À ton foyer patriarcal ;

Race de Caïn, dans ton antre
Tremble de froid, pauvre chacal !

Race d’Abel, aime et pullule !
Ton or fait aussi des petits.

Race de Caïn, cœur qui brûle,
Prends garde à ces grands appétits.

Race d’Abel, tu croîs et broutes
Comme les punaises des bois !

Race de Caïn, sur les routes
Traîne ta famille aux abois.
II

Ah ! race d’Abel, ta charogne
Engraissera le sol fumant !

Race de Caïn, ta besogne
N’est pas faite suffisamment ;

Race d’Abel, voici ta honte :
Le fer est vaincu par l’épieu !

Race de Caïn, au ciel monte,
Et sur la terre jette Dieu !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857

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8 commentaires sur “Abel et Caïn”

  1. Micho Thi

    dit :

    Le premier crime de l’Humanité relaté en distiques. (Caïn tua Abel par jalousie).
    Partie I: Abel est montré en être simple et pur et Caïn en être abject.

    Partie II: les conséquences de cet acte. Abel a engraissé la Terre en laissant le Bien et Caïn a laissé sa progéniture perpétrer son crime pour la nuit des temps et la Mal.

    Le dernier distique est là qui rappelle à Caïn qu’il n’a pas ou n’a peut-être pas pu éliminer Dieu.

  2. Lucrèce

    dit :

    Il est facile de comprendre mais plus compliqué d’enseigner. Surtout lorsque vous jugez vos élèves comme des simplets. Sachez mon chers Narcisse faire preuve d’un peu plus d’humilité. Je tiens néanmoins à vous rassurer, la rédaction de ces quelques lignes que vous nous avez partagées. Resteront aussi utiles qu’un intellectuel incapable de philosopher. En vous souhaitant une excellente journée.

  3. Patrique CHAUTTE

    dit :

    Un poème pour simplet. Je m’explique :

    Il est clair que si l’on inverse la proposition de Baudelaire, Cain devient Abel et Abel Cain, et l’on découvre alors un poème prophétique qui illustre presque un siècle plus tard l’univers fantasque d’une humanité concentrationnaire. Même un imbécile aurait pu le voir. Un manque de complexité qui me fait regretter d’avoir perdu mon temps à lire ces quelques lignes.

  4. Enzo

    dit :

    Quel est le sens de ce poème ?

  5. sghairi

    dit :

    Bonjour, quel sens a le mot épieu dans cette poésie?

  6. Martin

    dit :

    Mon Dieu ! Quelle vérité qui décrit si bien notre monde actuel et peut être ce qui l’attend et…. que Dieu vienne voir un peu ici ce qui se passe !

  7. kamla bellahcene

    dit :

    C’est un hommage à un monsieur, de la santé, effaré des : blouses noires des corbeaux tatoués sur la nuque, et que, hélas, je n’ai pu remercier de sa bonté…

  8. Serge Richard

    dit :

    Si vous inversez la proposition de Baudelaire, Cain devient Abel et Abel Cain, et vous découvrirez un poème prophétique qu’illustrera presque un siècle plus tard l’univers fantasque d’une humanité concentrationnaire.

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