Ainsi le jeune amant

André Chénier

Ainsi le jeune amant, seul, loin de ses délices,
S’assied sous un mélèze au bord des précipices,
Et là, revoit la lettre où, dans un doux ennui,
Sa belle amante pleure et ne vit que pour lui.
Il savoure à loisir ces lignes qu’il dévore ;
Il les lit, les relit et les relit encore,
Baise la feuille aimée et la porte à son cœur.
Tout à coup de ses doigts l’aquilon ravisseur
Vient, l’emporte et s’enfuit. Dieux ! il se lève, il crie,
Il voit, par le vallon, par l’air, par la prairie,
Fuir avec ce papier, cher soutien de ses jours,
Son âme et tout lui-même et toutes ses amours.
Il tremble de douleur, de crainte, de colère.
Dans ses yeux égarés roule une larme amère.
Il se jette en aveugle, à le suivre empressé,
Court, saute, vole, et l’œil sur lui toujours fixé,
Franchit torrents, buissons, rochers, pendantes cimes,
Et l’atteint, hors d’haleine, à travers les abîmes.

André Chénier

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2 commentaires sur “Ainsi le jeune amant”

  1. Thomas Lefebvre

    dit :

    Le poème se trouve dans l’Art d’aimer, p.403 de l’édition des œuvres complètes chez nrf. Je crois que l’essentiel de l’œuvre de Chénier a été publiée de façon posthume, il n’est donc pas facile de savoir la date d’écriture. Mais Chénier est mort en 1794 à 31 ans pour donner un ordre d’idées.

  2. Aidez moi s il vous plait

    dit :

    De quand date ce poème et de quel recueil est il extrait? Merci

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