Apparition

Stéphane Mallarmé

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’énivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un rêve au coeur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

Stéphane Mallarmé, Vers et Prose, 1893

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4 commentaires sur “Apparition”

  1. hiegehs

    dit :

    C’est quoi le thème ?

  2. Rosário Belo

    dit :

    Ce poème est beau, admirable. Merci étoile perfumeé !

  3. Mimi Laura

    dit :

    Waouuh, je reste sans voix !

  4. lucterius

    dit :

    Ce poème fait partie des plus beaux poèmes que je connais. Et j’aime surtout « La cueillaison d’un rêve au coeur qui l’a cueilli ». Admirable.

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