El Desdichado

Gérard de Nerval

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval

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24 commentaires sur “El Desdichado”

  1. Schauner Pierrette

    dit :

    Très bien peint!

  2. Youcef

    dit :

    Le titre El Desdichado illustre l’abîme de tristesse dans lequel se noie Nerval. Il crie, il pleure; il veut qu’on l’entende… qu’on le tire de ce tourbillon acéré qui lui déchire le cœur: il a mal. Tous les mots sont évocateurs de ses maux. Il est, sans doute, celui qui a mis des mots, presque, justes à sa douleur.

  3. Tom.G.

    dit :

    Dans ce poème Nerval transpose sa vie dans un monde antique et rempli de magies. Il ne parle que de lui ici mais en confondant sa vie avec les mythes, les histoires anciennes et faisant de sa vie un mythe (Le prince d’Aquitaine à la tour abolie, Biron, Lusignan, Achéron, Phébus, Orphé). Il ne faut pas oublié qu’il est un Romantique, c’est à dire qu’il cherche à réenchanter le monde rationnel post-lumières et post-révolution française. Le poème est d’une densité de références littéraires et personnelles folles. Je ne vais en relever une partie.

    Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé. Car il a perdu son amante, Sa seule étoile est morte. Le monde est obscure même le soleil est noir. C’est aussi un signe de sa folie (cf Aurélia).

    Le 2nd quatrain est italien, Solaire. Il semble appeler à l’aide celle qui l’a consolé, lui l’inconsolé. Le Pausilippe étymologiquement signifie : Qui fait cesser le chagrin.
    Le pampre à la rose s’allie. Nerval à une tendance à verdir les choses, il est sans doute le pampre et la femme à qui il demande de l’aide est sans doute la rose.
    Mais « La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé ». Le nom de cette fleur est la rime fantôme de ce quatrain, qui rime avec Mélancolie, c’est à dire L’Ancolie ; La fleur de la folie. Encore une fois.

    1er tercet montre le déchirement qu’il a en lui entre l’inconsolé du 1er quatrain et celui qui veut être consolé du 2nd. Amour, Lusignan sont des amoureux maudits, dont l’amour est voué aux ténèbres. Phébus et Biron des amoureux solaires qui se consolent vite. D’ou l’opposition 2 à 2. Le front est rouge encor du baiser de la Reine fait référence à son interrogation d’être Amour / Phébus. Et la sirène désigne la fée Mélusine (qui avait une queue de poisson) et donc fait référence à Lusignan / Biron.

    Dans le dernier tercet. deux fois vainqueur traversé l’Achéron fait référence à ses 2 tentatives de suicide.
    Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée. Se sont les contradictions qu’il y a en lui entre le ténébreux, le veuf, l’inconsolé et l’amoureux solaire qui veut être consolé.

    J’ai survolé quelques références mais il y en a sans doute beaucoup d’autres. Que ce soit dans sa vie personnelle ou des références historiques, mythologiques.

  4. Th.Mu

    dit :

    Laissons nous porter par ces vers mélancoliques que beaucoup de garçons à l’adolescence ont sûrement simplement aimés.

  5. Aterhzaz ali

    dit :

    Ce pôème me rappelle mon primaire « CM1 » et qui me fut connu à l’epoque de l’annee 61/62 par mon instituteur Mr Bounouas Ali à qui je rends un grand hommage et que je remercie infiniment.

  6. Jean-Kevin

    dit :

    Grosso modo le gars dit (avec panache) qu’il a envie de fourrer de petits pains…

  7. Jean Kevin

    dit :

    C’est moi où y’a des métaphores salaces ?

  8. Anna Martin

    dit :

    Je devais travailler ce poème pendant le confinement de 2020. Je le trouve très beau.

  9. Le roy

    dit :

    J’ai appris ce poème lorsque j’étais au lycée. Il m’habite depuis. Merci à monsieur Burthet, prof de français qui nous le fit connaître.

  10. Dan

    dit :

    C’est mon poème préféré, il est somptueux… merci a Gerard de Nerval, for ever…

  11. Cobbaert

    dit :

    …les soupirs de la sainte et les cris de l’orfaie…

  12. Carrere-Gee

    dit :

    Etonnant. Intéressant. L’historien médiéviste Michel Pastoureau avance que ce poème est en partie inspiré par les miniatures d’un très célèbre manuscrit, le Codex Manesse. Et pourquoi pas ?!

  13. Carole

    dit :

    Le poème préféré de mon mari qui n’est plus là pour me le dire, alors je l’ai appris pour lui réciter tous les jours.

  14. Houria

    dit :

    La mélancolie traverse les âges, les personnes, n’épargne aucun être vivant même les plus grands.

  15. Raymond Trimborn

    dit :

    Texte sibyllin, mais ce n’est pas pour me déplaire ce poème me touche, sans que je puisse exactement dire comment. Peut-être justement le côté un peu mystérieux ?

  16. Nathalie foulquier

    dit :

    Les affres de la nostalgie les miracles des résiliences qui tristement pour Nerval comme pour tant d’autres dont primo Levi Nicolas de stael n’ont pas été parachevées. Les résiliences ne sont pas linéaires, leurs lignes sont parfois brisées. Il est difficile de combler failles et fêlures. Belles vies à vous vivants mortels mortels vivants vivants.

  17. de Rambuteau

    dit :

    Nerval sortait de deux internements pour folie quand il a écrit ce poème, et il y fait allusion dans ses derniers vers « et par deux fois …. », et c’est bouleversant en sachant qu’il finit par se suicider.

  18. Depas

    dit :

    Je n’ai pas assez d’érudition pour écrire des commentaires aussi pointus que ceux que je viens de lire! Ce. Poème me touche tout simplement, mais si je ne le comprends pas bien la deuxième partie. Et qu’importe au fond? Ce qui compte, c’est le ressenti…

  19. J’écris

    dit :

    Sylvain: tu parles trop compliqué!
    Bertrand: on s’en fiche de cet idiot. C’est Nerval le sujet ici!
    ALgert: tu t’y crois! Puis tu parles du n’importe quoi pour, en fait, te faire croire plus compliqué que Sylvain! LOL!

    Un des poèmes les plus beaux de l’époque romantique. Intemporel, merveilleux, il nous touche toujours.

  20. Prosidéon…

    dit :

    Nerval et Verlaine sont deux poètes aux destinées semblables, à l’écriture différentes, après les sensibilités diffèrent mais ce poème de Nerval est un chef d’oeuvre comme d’autres de Verlaine. En avant la musique avant toute chose, musicalise les vers, sous la rue de la vieille lanterne, éclairons nous des vers, richesse luisante des mots….

  21. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    Ce poème, fascinant et énigmatique, profond et incandescent, est le plus beau de Nerval et reste l’un des sommets de la littérature romantique. Il n’a pas pris une ride. Je trouve que Nerval est supérieur à Verlaine, dont la poésie manque d’intensité, et surtout à Mallarmé, dont l’hégélianisme et les excès intellectualistes étaient une voie sans issue.

  22. BERTRAND

    dit :

    Un poème à lire quand on n’a pas un coup de blues. C’est comme Brel « ne me quitte pas », un poème qui parle de solitude et d’amour.

  23. ALgert Kalica

    dit :

    Un des plus beaux poèmes de Nerval. Important pour l’analyse de l’auteur. Un des piliers de l’approche psychanalytique de l’auteur c’est sa représentation. Le ‘je’ du poète s’articule autour du mythe du naufragé. D’autres en ont dit plus.

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