Conseil tenu par les Rats

Jean de La Fontaine

Un Chat, nommé Rodilardus
Faisait des Rats telle déconfiture
Que l’on n’en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu’il en restait, n’osant quitter son trou,
Ne trouvait à manger que le quart de son sou,
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un Chat, mais pour un Diable.
Or un jour qu’au haut et au loin
Le galant alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu’il fit avec sa Dame,
Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l’abord, leur Doyen, personne fort prudente,
Opina qu’il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Qu’ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s’enfuiraient en terre ;
Qu’il n’y savait que ce moyen.
Chacun fut de l’avis de Monsieur le Doyen,
Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d’attacher le grelot.
L’un dit : « Je n’y vas point, je ne suis pas si sot »;
L’autre : « Je ne saurais. »Si bien que sans rien faire
On se quitta. J’ai maints Chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines,
Voire chapitres de Chanoines.
Ne faut-il que délibérer,
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin d’exécuter,
L’on ne rencontre plus personne.

Jean de La Fontaine

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14 commentaires sur “Conseil tenu par les Rats”

  1. matheo

    dit :

    C’est beau !

  2. PHILIPPE

    dit :

    Cette fable est destinée aux conseillers de la Cour du roi dont la principale activité est de pérorer à perte de vue, sans autre résultat que de paraître dans l’entourage royal. Tous ces conseillers (les rats …) parlent à s’en enrouer de telle ou telle solution à tel problème, mais, comme ce ne sont que des rhéteurs, peureux et pleutres, aucun d’entre eux ne fera le premier pas pour mettre en oeuvre la solution de peur de déplaire au monarque. Jean de la Fontaine (à son époque) fait dire à des animaux rustiques ce qu’aucun humain n’oserait affirmer aux conseillers précités de peur de se retrouver embastillés… En faisait intervenir des animaux, dans un contexte quelque peu humoristique, les grands de l’époque admettaient plus facilement des vérités humaines qui les concernaient au premier plan. Une belle leçon de pédagogie qui a toujours valeur d’exemple de nos jours !

  3. joli

    dit :

    Tant de lois sont discutées votées approuvées et jamais appliquées.

  4. lulu

    dit :

    Un chat mangeait tant de rats que ceux-ci avaient peur, et, voulant tenir une réunion pour parler du problème du chat, ils arrivent à la conclusion qu’il faut attacher une clochette au cou du chat pour l’entendre arriver. Cependant aucun des rats ne veut se charger de cette affaire, avec différents prétextes.

    Ainsi, je pense que ce poème est en quelque sorte une satire, une moquerie des gens qui cherchent des solutions aux problèmes : pour proposer une solution, tout le monde est d’accord, mais pour la mettre en oeuvre, personne ne se sent capable, car cela équivaudrait à s’exposer au denger.

    Presque toutes les fables de La Fontaine ont une morale explicite à la fin ou au début : il suffit de la relire attentivement pour en comprendre le sens. Les 4 derniers vers sont les plus explicites.

  5. Sachah@animaux accessoires

    dit :

    ?Je ne comprend pas trop sa signification. Je trouve quand même que ce poème est passionnant et je vais du coup le faire suivre à des amis. Merci beaucoup

  6. Giulian

    dit :

    bonjour,
    j’ai un exposé sur cet fable est ce que quelqu’un pourrait m’aider pour certaine chose car je ne comprends pas tellement la fable.

    Merci d’avance

  7. fayne

    dit :

    j’adore

  8. tombola

    dit :

    C’est toujours avec un réel plaisir que je lis Mr de la Fontaine…

  9. Josiane

    dit :

    Bonsoir,

    Un peu de poésie en fin de week end, c’est merveilleux. J’adore Mr de la Fontaine, tant d’humour et de réalité.
    Bonne soirée

  10. clara gillette

    dit :

    bien

  11. loulou

    dit :

    bien!
    Tres interressant… je ne savais pas que les fables comptaient pour des poèmes!

  12. saiz sauvadet

    dit :

    j’ aime

  13. victor

    dit :

    très bien, j’aime

  14. lopex

    dit :

    bien bien, tres bien, jadore

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