Constat

Esther Granek

T’aurais mieux fait d’rester amibe,
l’Homo Sapiens !

T’aurais mieux fait d’rester amibe
et de la vie n’avoir que bribes.
Que n’en surgît un beau matin
l’Abominable ! Et que scribes,
de ton Histoire, il n’y eût point.
T’aurais mieux fait d’rester amibe…
*
*
T’aurais bien pu rester poisson,
l’Homo Sapiens !

T’aurais bien pu rester poisson,
lequel, de cette condition
jamais n’entreverrait la fin.
Ne sortirait de l’aquatique !
De pôle à pôle, destin unique !
T’aurais bien pu rester poisson…
*
*
Que n’es-tu donc resté crapaud,
l’Homo Sapiens !

Que n’es-tu donc resté crapaud !
Plus laid dedans, tu n’es moins sot.
Du genre, le lumineux destin
où de tout temps tu plastronnas !
Te sanctifiant ! Ivre de toi !
Que n’es-tu donc resté crapaud…
*
*
Mais que n’es-tu resté macaque
jusqu’à jamais !

Narcisse à relents de cloaque,
par ton nombril, hypnotisé,
mais que n’es-tu resté macaque !
Ou bien crapaud ! Poisson ! Amibe !
Qu’ainsi n’y eût ni faits ni scribes
et nulle Histoire à raconter !

Esther Granek, « de la pensée aux mots » 1997

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