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L’âme du vin

Charles Baudelaire

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
« Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! »

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857

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11 commentaires sur “L’âme du vin”

  1. Sam

    dit :

    Ce poème est splendide, et très beau chansonné !

  2. Fabien

    dit :

    Dionysos permet nous d’échapper l’âpreté de nos vies soumises au temps et à l’infortune. Que ton nectar abreuve nos rêves pour nous permettre d’échapper un temps à l’ivresse de la vie.

  3. Chantreux

    dit :

    Quelle subtilité dans la définition de tout ça…

  4. Tagrandmère

    dit :

    Le vin c’est pour les repas, la vodka c’est pour tout.

  5. jeanne

    dit :

    J’adore

  6. charli teffo le fifou

    dit :

    Je trouve la représentation du vin très bien représenté dans ce poème, même si le Ricard c’est meilleur.

  7. Axveusss

    dit :

    L’alcool c’est mal

  8. Marc Cirano

    dit :

    Bacchus et Dionysos ont posé leurs mains sur l’épaule du poète

  9. Kareem

    dit :

    Ce qui me plaît dans ce poème, n’est pas l’éloge du vin mais l’exercice de style.

  10. BRUN Edwige

    dit :

    Mon grand-père était vigneron dans le Languedoc et mon père m’avait appris ce poème en mémoire de mon « papé » quand j’avais 12 ou 13 ans en 1960. J’aime surtout les 3 premières strophes. Je ne manque pas de les réciter lorsqu’on trinque et c’est très apprécié.

  11. Messabih

    dit :

    Les contes du whisky… la ruelle ténébreuse, Rotterdam, Hambourg, le plat pays de Jacques Brel, Hergé et le capitaine tintin, hadoque et topkapi, Jean ray et sankt Petersbourg dans la rue Srednaya et Salova, et Roumiantseva Marina Fedorovna aux foyers les volontaires ou Dobrovoltsi, et kondopoga sa ville natale et petrozavodsk la ville de carelie, de Russie et de Finlande… et le vin toujours…

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