La Forêt

François-René de Chateaubriand

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.

François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature, 1784-1790

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6 commentaires sur “La Forêt”

  1. xvwy

    dit :

    Ce poème est magnifique tout autant pour son aspect romantique que son coté magique.

  2. abdou

    dit :

    Un vrai régal, on s’en lasse pas de lire et relire…

  3. bryan

    dit :

    Trop bien !

  4. Un romantique

    dit :

    L’incarnation du romantisme est là, tous les points n’en sont pas cités mais j’espère ne pas être seul à ressentir au plus profond de moi les sentiments du romantisme.

  5. rx doctor 24h

    dit :

    La nature est présente dans toute l’oeuvre de Chateaubriand. Apres une naissance placée sous le signe des tempêtes, et une adolescence rêveuse dans les bois de Combourg, l’écrivain découvrit les espaces vierges du Nouveau-Monde.

  6. Aydin

    dit :

    Sublime ! Absolument sublime !

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