Le bateau ivre

Arthur Rimbaud

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Arthur Rimbaud, Poésies

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112 commentaires sur “Le bateau ivre”

  1. Hennebo

    dit :

    Jinlian vous êtes bien drôle, du haut de votre liane sans branche. Là est tout l’art de la poésie, meme si certains mots citent certains événements. Libre est à chacun, d’interpréter un poème à sa libre manière. Là est toute la liberté de l’écriture poétique.

  2. JinLian

    dit :

    Aux critiques des critiques et à ceux qui critiques. Et en particulier à Pascal SOLAL.

    Loin de moi l’idée qu’il y aurait des interprétations supérieures…
    Mais quand ces fameuses « interprétations poétiques » sont entachées par : « Chacun peut y voir son délire wtf » ou faisant une fausse bagarre intellectuelle entre les sciences et la littérature ; vous pourriez me concéder un droit de réponse.

    Les commentaires s’inscrivant elles mêmes dans un débat sur l’œuvre, puisque certains termes employés (et précédemment cités) ne laisse aucun doute à la nature conflictuelle de ces interprétations.

    Dès lors qu’un commentaire est diffusé sur la place publique on s’expose à une réponse. D’ailleurs vous l’expérimentez vous même en répondant aux commentaires. Et comme vous le dites si bien : « Et chacun a le droit d’en parler. Si vous ne voulez pas lire d’interprétations, ne lisez pas les commentaires. »

    J’ai lu des commentaires et des interprétations négatifs comme positifs, et la majorité d’entre eux n’ont pas suscités mon indignation. Bref, j’ai dit ce que j’avais à dire.

  3. Z

    dit :

    Poème sublime.

    Pour répondre à certains commentaires, je dirais que ce qu’il y a de plus fondamental à transmettre c’est simplement la capacité à s’émerveiller.

    S’émerveiller de la beauté d’un poème, de la beauté de la vie, de la beauté des mathématiques…
    Ne faisons pas entrer en « concurrence » ce qui est au fond la même chose, une source d’émerveillement.

    Un prof de maths

  4. Jonathan

    dit :

    « Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants ; je sais le soir ;
    L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
    Et j’ai vu quelquefois ce que l’Homme a cru voir.  »

    Ce passage est pour moi le summum de la poésie.

  5. Pascal SOLAL

    dit :

    À ceux qui critiquent les commentateurs qui donnent leur version de ce poème: chacun est libre de donner son interprétation. L’œuvre d’art, une fois diffusée, devient publique. Elle parle à chacun selon sa sensibilité, son expérience de la vie. Et chacun a le droit d’en parler. Si vous ne voulez pas lire d’interprétations, ne lisez pas les commentaires.

  6. JinLian

    dit :

    Les gens qui justifient leur incompréhension de la poésie par un esprit qui se dirait cartésien ne se rendent pas compte de leur manque de rigueur scientifique. Être cartésien ne veut pas dire être stupide, et la rationalité n’est pas strictement limitée à la technique, à moins d’être un fou. On est dans l’art, et dans l’art on est aussi sensible ou pas à une certaine esthétique.

    Appliquer une raison cartésienne pour se justifier, s’apparente plutôt à de la pédanterie ou une volonté de se placer au dessus de la mêlée. C’est comme si on appliquait le postulat des parallèles en géométrie sphérique, ça n’a aucun sens.

    Dites plutôt que vous n’êtes pas sensible à la poésie, ça serait plus juste. Si on est sensible à des choses qui se rapprochent plus à la technique… et bien rapprochez vous de l’époque baroque ou lisez des choses réalistes.

  7. Iris_95

    dit :

    «J’ai tendu des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.»

  8. Paol

    dit :

    J’aime cette folie cette intensité contenue …c’est un miracle d’inventivité. Et J’aime beaucoup le commentaire d’Élisa 8 ans.

  9. FRANCK MARTE

    dit :

    Il parle d’un voyage intérieur…

  10. Jules

    dit :

    J’ai découvert ce poème à 18 ans pendant le confinement et je l’ai alors appris immédiatement de même qu’une vingtaine d’autres. Quand je lis certains commentaires exprimant leur indifférence ou leur incompréhension face à ce chef-d’œuvre, je ne peux que les plaindre tout comme les millions d’autres personnes qui n’ont même pas fait l’effort de le lire.

    Je trouve qu’aujourd’hui, la poésie se perd et les gens y sont de moins en moins sensibles, ou du moins sont de moins en moins curieux à cet égard. Or, la poésie est partout. On peut la retrouver dans chaque chose de la vie. Nier cela et penser que la vie est presque exclusivement régie par la raison, c’est nier la possibilité même de vivre.

  11. Gandji

    dit :

    Ne comprenant rien à la poésie, et voulant savoir pourquoi tout le monde parlait du bateau ivre, j’ai appris ce poème par coeur pour voir ce qu’il en sortait (c’est le vers « fermentent les rousseurs amères de l’amour » qui m’a attiré d’abord).

    Et au final, je trouve que c’est un grand texte. Mon interprétation, c’est qu’il parle de ses voyages évidemment, mais aussi de la douceur de l’enfance (les fleuves ou la flache), comparés aux tumultes de l’âge adulte: la mer, les tempêtes, la merde (parce que c’est Rimbaud quand même: « les serpents énormes dévorés de punaises choient des arbres tordus avec de noirs parfums »), etc… Enfin bref des images fortes partout tout le temps dans ce poème.

    L’image de l’enfant accroupi qui lance son bateau sur une flaque d’eau est partout présente pour représenter l’enfance, peut-être vient-elle de ce poème?

    Ce poème a été une porte d’entrée vers la poésie pour moi.

  12. airovissa

    dit :

    Je comprend qu’il décrit ce que pourrait penser un bateau ou des bateaux, par exemple vers la fin quand il image le bateau d’enfant en papier dans une flaque. Il y a des délires liés probablement à l’alcool, une émotivité féminine et juvénile (ça reste un jeune homme homosexuel) et les invraisemblances des rêves que l’on a au réveil.

    Les rimes, les mots sont de la poésie quoi, rien à préciser. Pour un esprit plutôt cartésien et scientifique, il faut faire abstraction des irréalités du poème où il n’y a rien à comprendre concrètement, chacun peut y voir son délire wtf si ça lui fait plaisir (ex l’entonnoir du ciel, les fleurs sombres ventouse jaune de l’océan etc…).

    Après 40 ans sur cette terre je n’ai jamais accroché à la poésie et ce test sur un poème soit disant ohlala merveilleux, confirme que ce n’est pas pour moi et je laisserai feu Jean-Pierre Coffe conclure par sa phrase célèbre que je ne citerai pas ici.

  13. baudry

    dit :

    En littérature on peut écrire n’importe quoi, on trouvera toujours quelques esprits supérieurs pour trouver une explication à tout et trouver ça « génialissîme ». Malheureusement, ce soi-disant génie humain n’a jamais fait progresser l’humanité (guerres; injustice; arnaques de tous genres etc.).

    Les sciences elles en revanche sont sources de progrès. C’est d’ailleurs pour cette raison que nos chers enseignants (littéraires) ont décidé de mettre l’enseignement des maths EN OPTION !!! Ben voyons !!

  14. Élisa 8 ans

    dit :

    Je trouve que c’est très bien. Très joli parce que ça parle de choses merveilleuses et dégoûtantes, exemple : Morve d’azur. Bref c’est super bien. Bien cordialement, Élisa 8 ans et demi.❤️❤️ !!!!

  15. françois buitge

    dit :

    Je reviendrai parcourir tous ces commentaires, car il y en a une vraie chiée et je n’ai pas eu le temps de tout lire… C’est vrai, comme le précise un commentateur, il y a de tout dans les commentaires, je trouve ça bien intéressant… Je me demande aussi toujours de quel âge sont les commentateurs, de quel milieu, où ils se trouvaient au moment de leurs commentaires, qu’étaient ils en train de faire, étaient ils détendus ou soucieux, vivant une heure morne ou se précipitant vers une aventure… Quant au poème de Rimbaud, on peut, à mon avis, soit tenter de l’analyser, soit tenter de se laisser emporter, comme un bateau ivre… Chacun voit comme il veut… Quant à la comparaison Verlaine-Rimbaud, évoquée par un commentateur je la trouve bien dommage : ils ont chacun leur génie… En tout cas quel texte vin’dieu…

  16. agreglettres

    dit :

    Poème autobiographique, poème prophétique aussi (ce retour désiré vers l’Europe, cette phrase prononcée lors de la dernière nuit à Marseille à la sœur qui veillait : « il faut que je me lève, un bateau est au port et il vient me chercher ».

    Rimbaud était un génie poétique, un génie qui canalisait, plongée dans l’inconscient, presque une forme de médiumnité créatrice. À mettre en lien avec la très célèbre Lettre du voyant : « le poète est voleur de feu. Si ce qu’il ramène de là-bas a forme, il donne de la forme. Si ce qu’il ramène de là-bas est informe, il donne de l’informe. Et… dommage pour ceux qui ne comprennent pas. »

  17. zeugma

    dit :

    une des pistes pour replacer ce poème dans la vie de son auteur serait de lire ou relire « Le voyage d’Arthur Gordon Pym de Nantucket » d’Edgard Allan Poe, qui a servi à Arthur de toile de fond picturale entre le réel et l’irréalisme de l’inspiration, car la pensée poétique à l’oeuvre dans ce texte est une immersion dans le langage à la limite de deux eaux, celle de la signification des mots, phrases, inférences etc…et celle du sens incommunicable de sa conscience, dit autrement ce poème est un des rares textes où l’on peut faire l’expérience du passage immémorial entre le moment vécu et le moment évoqué, c’est pourquoi il est suffisamment long pour nous faire lâcher prise et en même temps incroyablement immédiat dans son intensité pour nous tenir la tête hors de l’eau de tout raisonnement. le vertige réussi par Rimbaud est traduit par des mots qui renouvelle parfois le même vertige, celui de retrouver en nous ce passage ineffable à la limite de l’indicible et du dit, la frontière diaphane entre la signification des mots raisonnés et le sens immatériel de notre existence.

  18. MC

    dit :

    Rimbaud à dû absorber quelque expédient… C’est décousu, cruel. Logorrhée peu convaincante et portée aux unes par ceux qui ont été fascinés par sa « belle gueule ». Il y a mieux ! Paul Verlaine par exemple.

  19. Pierrot

    dit :

    Ce bateau,… mais c’est la Terre !

  20. Merveille

    dit :

    Relire l’explication d’Etiemble, antique prof de Sorbonne et analyste classique du « mythe de Rimbaud ».
    Bon, mais ça chante terrible quand même!

  21. AIGLES

    dit :

    Bonjour, selon moi « vers » écrit ainsi indique une direction. « Dévorant les azurs vers ; où, flottaison blême » …cette version initiale doit se lire en remplaçant le point virgule par « le lieu »

    « Dévorant les azurs vers – le lieu – où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; »

    de nouveau un point virgule en fin de vers pour « le lieu » suivi de où pronom relatif qui indique un endroit,

    « Où, teignant tout à coup les bleuités, délires… etc… »

    mais avec Rimbaud toutes les interprétations permettent de rêver…

  22. Magg Rosbeat

    dit :

    Excellent poème de la part de Rimbaud, qui arrive à nous faire voyager à travers ce navire qui vogue sur les cieux et découvre les différents aspects du monde.

  23. la mif

    dit :

    Très beau poème de la part de Rimbaud merci de le partager sur ce site avec nous.

  24. Dougue

    dit :

    Ben en fait ça parle de l’inspiration je crois. Inspiration toute voile dehors au début si je puis dire. Et puis enfin, la sensation que la vieille Europe le rappelle. Et puis la peur du regard des autres, de ne plus pouvoir reprendre la mer.
    Merci d’avance à tous ceux qui se réapproprieront ces pensées comme venant d’eux pour se mettre en avant. Ceux-là resteront des esclaves du « monde des hommes ».

  25. Traité du style

    dit :

    « Mais les mouches dont je parlais et que je comparais à des mules, les moules en un mot qui se sont accrochées à la quille du Bateau Ivre _ l’occasion me semble bonne pour dire que toute allusion à ce poème est le signe le plus certain de la vulgarité _ les moules établissent entre Rimbaud et elles un lien illégitime. »
    Louis Aragon (« Traité du Style » page 63)

  26. Patricia Voranger

    dit :

    Je pense qu’il y’a un double sens ou 2ème degré… L’ivresse de l’alcool étant celui ci. Quand pensez vous ?

  27. J.Sèbe

    dit :

    Merci à Pascal Solal pour son commentaire très pertinent qui résume fort bien la signification de ce poème. J.

  28. Charbonnel

    dit :

    Absolument magnifique, une tornade littéraire, une fabuleuse utilisation de mots, d’adjectifs, d’idées oniriques ! Mais totalement incohérent. Comme ces toiles de peintres « non figuratifs » qui enchantent l’œil mais n’ont aucune signification. J’y vois avant tout le canular génial d’un potache sur-doué. Tous ces commentaires sont le fait de pseudo-intellectuels en proie à l’onanisme cérébral !

  29. Joëlle

    dit :

    Merci à Bvbh pour sa réponse.

    Je voulais juste preciser mon interprétation des « azurs vers » (ecrits de cette façon) puisque vous semblez penser que ça ne veut rien dire.

    Pour moi, Rimbaud se baigne dans son propre poème (de la mer). Après avoir dispersé gouvernail et grappins, il a lâché prise, il se baigne dans son poème et là, les azur vers prennent tout leur sens puisque ce sont les vers qu’il compose… et il utilise pour cela le mot dévorer.

    Je vais continuer à me laisser emporter dans ce voyage infini et magnifique.

  30. Georges Georget

    dit :

    Texte fort que je connais par coeur depuis longtemps, et que j’ai le plaisir d’interpréter en public (privé ou spectacle) à chaque fois que j’en ai l’occasion ..

  31. Petrchik

    dit :

    Plus que tout autre ce poème est à apprendre par cœur pour qu’il finisse par vous habiter et vous… « augmenter » 25 jours à peu près. Oui. C’est à peu près ça. Les mots sont enfin en moi… pourtant…

    Humblement : Si Verlaine a bien recopié la ponctuation telle que celle que je peux lire, j’aurai besoin de temps pour en faire mien le sens en bien des épisodes du chef-d’œuvre.

    Quelques témoignages sur ce sujet ?

    Merci

  32. Acacia condes

    dit :

    Bouleversant de beauté, le rythme, les images, les sons, les mots vous emportent et ne vous lâchent plus. Je l’ai appris par cœur en un mois en marchant dans la montagne. Immergée dans l’énergie des mots, je l’ai fait mien ce poème.

  33. Jérôme

    dit :

    Certainement pas « le sommet indépassable de la poésie française », non. Nerval, Hugo, Apollinaire et Eluard (celui des années 1920) eux ont réellement atteint de tels sommets. Voire le Rimbaud de « Voyelles ». Mais l’enseignement scolaire donne aux gens une vision tres académique et totalement erronée de ce qu’est la valeur d’une oeuvre poétique.

  34. Pascal SOLAL

    dit :

    On présente souvent ce poème (qui est pour moi le sommet indépassable de la poésie française) comme incompréhensible hermétique. Je ne comprends pas cela, car il est pour moi un des plus clairs de Rimbaud. L’auteur, lassé de l’ennui (les fleuves impassibles), de la routine et de l’esprit mercantile du vieux monde, s’échappe par le voyage (voyage intérieur voyage imaginaire ou voyage réel, peu importe). Il se libère de la chape de plomb (les fleuves m’ont laissé aller où je voulais). Mais, après tant de visions extraordinaires, il se rend compte qu’on n’échappe pas à la condition humaine (les aubes sont navrantes).

    Ce qui est frappant, en dehors de la virtuosité et de la terrible beauté de ce poème, c’est que ce dernier annonce ce que sera la vie de Rimbaud: le voyage (imaginaire, par le « dérèglement de tous les sens »; ou réel, par les milliers de kilomètres parcourus à pied, jusqu’à en mourir) incessant ne l’empêchera pas, au bout du compte, de succomber à l’ennui, à la routine et à l’effroyable médiocrité de ce monde (c’est-à-dire de l’homme; ce qui inclut bien sûr sa propre médiocrité). C’est un poème sur la condition humaine.

  35. Bvbh

    dit :

    À Corentin : merci pour votre commentaire, qui m’a particulièrement touché.

    À Joëlle : « azurs verts » me semble bien plus pertinent qu' »azurs vers » qui ne veut pas dire grand chose. Il faut garder en tête que Rimbaud est un latiniste, or chez les Romains, comme chez les Grecs antiques, les couleurs bleue et verte n’ont pas la même distinction que nous en avons, quitte à se confondre. Par ex : le bleu du ciel et celui de la mer était considérés par eux comme deux couleurs différentes, et on retrouve souvent l’idée de flots verts chez Rimbaud comme chez les Romains (cf Venus Anadyomène par exemple).

  36. michel

    dit :

    It is a wonderful poem, its an attempt to convey his sense of loss and disorientation, with the last lines « Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache… » hinting at the source.

    Hart Crane, in The Bridge, has echoes of it. « I could not pick the arrows from my side ».

    But this, the original, is disciplined, taut, concise. It reminds one of what Wordsworth called Chatteron ‘marvellous boy’. Its the work of a boy, certainly. One who wrote verse as naturally as speaking.

  37. Corentin

    dit :

    Je l’ai appris par cœur il y’a quelques années. Strophe après strophe. Pendant quelques semaines. Je me souviens d’une strophe apprise en conduisant sur les petites routes du Périgord et du Lot, interpellé graduellement par l’amplitude de beauté : « baigné dans le poème de la mer ». Je le lis à mes deux fils de 4 et 6 ans pour les endormir régulièrement. Parfois ils s’endorment. Parfois ils ont peur. Et j’ai du trouver d’autres poèmes. Mais ce soir, cela faisait longtemps, ils m’ont demandé le bateau ivre d’Arthur Rimbaud.

  38. Coco

    dit :

    Ces commentaires prouvent l’extrême complexité de l’âme Humaine et l’incommunicabilité des hommes… mais ce poème a vraiment quelque chose qui ne peut nous laisser indifférent… à la Beauté !

  39. Joëlle

    dit :

    Je reviens sur les « azurs verts ». C’est ainsi qu’on peut lire ce poème (dans la quatrième strophe).

    Or, dans le manuscrit que l’on trouve sur internet, recopié paraît il par Verlaine, alors que le manuscrit original se serait perdu, on peut lire « azurs vers ». Je ne sais pas qui a interprété ces mots ainsi ni pourquoi. Mais Rimbaud disant qu’il se baigne dans le poème de la mer, je trouve plus logique de penser qu il dévore les azur vers. J’aimerais savoir ce que vous en pensez. Merci d’avance.

  40. Jeff jeff

    dit :

    Bonjour a tous, j’encourage la lecture du livre récent de Sylvain Tesson (un été avec l’auteur) qui apporte une interprétation de la poésie de l’auteur et de ce poème. Il décrit Rimbaud poète avant-gardiste confronté aux courants plus classiques de la poésie. Je les vois tous les deux dans ce poème, l’un bateau frêle incertain lâché dans l’immensité des oceans, les autres transporteurs lourds et à but commercial (transportant cotons et blés).

  41. Tounssiya

    dit :

    Bon, vous m’avez convaincue. Je commence à l’apprendre par cœur. Profitons de ce confinement, merci pour vos commentaires, c’est un régal.

  42. Sisco

    dit :

    Je me contenterai du poème plus court que j adore, « Le dormeur du val ».

  43. Graciela Dondo

    dit :

    Je me baigne dans ce poème.

  44. Un random

    dit :

    Ahlala les commentaires. Des pépites. Entre ceux qu’on la grosse tête, ceux qui se sont perdus et ceux qui parle dans un language plus soutenu que je ne sais quoi. Le bateau rend les gens fous.

  45. Carnaroli

    dit :

    Tellement de commentaires, le bateau ne laisse pas indifférent. Et juste une sensation, un besoin, lire, écouter, réciter, le bateau ivre, même envie pour la mémoire et la mer de Léo Ferré.

  46. JR

    dit :

    Un des rare plaisancier qui voyage réellement !

  47. Carme

    dit :

    Je trouve tous les commentaires inspirés. J’aurais une lecture : l’enfance barrée, puis brisée, découverte liberté difficulté vérité jusqu’à l’allusion à la colonisation dans le dernier quatrain.

  48. Molina

    dit :

    J’ai vu des explications sur internet, qui relient ce poème aux évènements de la Commune de Paris, avec des détails au ligne à ligne du poème. J’avoue que j’ai été très convaincu.

  49. frédéric combes

    dit :

    Didier Souville! Moi aussi je l’ai appris à 60 ans, en quatre jours d’hôpital, pour m’occuper et pour ne pas laisser dormir ce chef d’oeuvre entre les pages d’un livre! Si je ne le récite pas régulièrement, je l’oublie (70 ans), mais le retrouve rapidement après quelques relectures! Et c’est un vrai plaisir que de pouvoir le dire à voix haute (pour moi même) sans hésitations et sans trébucher sur un mot ! J’en ai fait autant avec quelques poèmes de Baudelaire que je me récite en me baladant dans la nature!

  50. toto

    dit :

    J’ai rien compris! C’est sublime!

  51. liliane Torres

    dit :

    Moi vieille dame de 86 ans j’aimerais beaucoup une explication de textes. Alors oui quand j’aurai tout compris je m’exercerai à l’apprendre.

  52. Je me suis perdue

    dit :

    Alors ça va les chevilles ? J’ai comme l’impression que les commentateurs se croient légèrement au dessus de la « populace »…. N’empêche c’est un très bon divertissement

    Bon courage à tous ceux qui doivent l’apprendre

  53. Paul d’Aden

    dit :

    Un poème que je me récite chaque soir en m’endormant. Et j’y ai donc vu, forcément des choses. Lire Rimbaud, étudier Rimbaud vous fais forcément devenir un autre, une autre. Partant donc du principe d’être un autre, visionnaire, je me rallie pour partie à M. X. pour la part de scatologie (des arbres tordus avec de noirs parfums). Et aussi tout simplement à ce que découvre un ado à 16 ou 17 ans (plus sourd que des cerveaux d’enfants… à qui on a fait bien comprendre que la masturbation rend sourd). Et enfin, en petites contrepèteries, remplacez donc cieux par culs. Et c’est là que le bateau ivre devient bâton ivre comme la sucette à l’anis de Gainsbourg.

    Et le génie est là. A 360 degrés. Dans les archipels sidéraux certains y verront un ciel plus qu’étoilé d’autres un cul (tiens, un jeu de voyelles) où des millions de spermatozoïdes futures vigueur, et pour cause, viennent s’échouer dans une nuit sans fond: l’amour physique est sans issue, je vais et je viens.

    S’il y a un film qui vous donne une des clés de ce poème – mais qui ne l’ouvrira jamais – c’est Total Éclipse (1994 avec L Di Caprio). RES NON VERBA.

  54. Emmanuelle

    dit :

    En quoi ce poème parle de la communion avec la nature ?

  55. Cherif Aboubacar

    dit :

    Oh vent plein de sagesse tel une nuit sans étoile mots barbares au coeur doux la poésie plume de l’homme cœur de l’humanité ô tristesse des nuits profonde une cité pleine d’ennui toi Rimbaud mon féal je suis passionné de poésie mais je sais pas comment faire.

  56. Philou29

    dit :

    Eaux tourmentées de la Semoy, ou masse paisible de la Meuse, encerclées des monts et des légendes de l’Ardenne profonde.. il est loin du Square aux mesquines pelouses de la gare de Charleville, loin du carcan de son collège… et si loin encore des paysages désertiques et mortels de l’Afrique de l’Est.

  57. Dylan

    dit :

    Je devais voir juste pour un devoir mais il est vraiment beau ce poème.

  58. Salmo

    dit :

    Je l’ai appris par cœur. Il adoucit mes douleurs neurologiques. La nuit en le récitant dans ma tête je retrouve mon sommeil… La nuit verte aux neiges éblouies… Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades. Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants… Je rendors heureux.

  59. Marie José Lesage

    dit :

    Moi j’ai 81 ans et depuis le confinement, depuis six mois, je dis et redis ce poème. J’oublie quelques strophes puis y reviens sans cesse comme avec le roulis des vagues et je ne m’en lasse pas. Il y a un seul vers que je déteste, c’est celui du mufle à l’océan poussif. Mais il faut voir le contraste avec ce qui nous fait rêver.

  60. Yves

    dit :

    Plus on le lis plus il devient compréhensible et lumineux. Les images nous habitent par leur force et leur résonance profonde. Que de beauté et de fulgurances… qui nous habitent…

  61. Berthin aymar des idiaux

    dit :

    D’où viennent ces oiseaux d’or de Rimbaud,et où vont-ils ?

  62. ANDREY Alain

    dit :

    A mon avis et modeste expérience, ce sont les poèmes les plus longs qui gagnent à être sus « par coeur » pour en tirer au fil du temps le plus de « jus ». Et paradoxalement plus facilement retenus après l’apprentissage que d’autres plus courts…. Peut-être parce qu’une fois en tête, on y revient de plus en plus fréquemment.

    Quant à savoir lequel est le « meilleur »… vanité absurde. Faut-il mettre en compétition la Chanson du Mal Aimé, Femmes damnées (2) et Le Bateau Ivre ?
    Je sais ceux-là et quelques autres encore…

    Quant à la diversité des réactions ici… un autre poète l’a chanté: « Le temps ne fait rien à l’affaire ».

    Amitiés à toutes et tous ceux et celles qui pour une déraison ou pour une autre, ont un jour ou une nuit embarqué pour un voyage aux richesses inépuisables.

  63. Frenchmetal

    dit :

    J’adore les commentaires qui font référence à la longueur excessive… Si la concision des haïkus est parfois merveilleuse, ne pas être capable de se concentrer au-delà de 140 signes semble être le mal du moment…

    Vous faites le tour des océans chevauchant le génie d’un garçon de 16 ou 17 ans en seulement 100 vers, et c’est déjà trop long ? Sincèrement, je vous plains.

  64. Joëlle

    dit :

    « Azurs verts » ou « azurs vers » comme on peut le lire dans le manuscrit ? Que pensez vous de ces deux versions ? Qui a tort ? Qui a raison ? Je préfère tellement les azurs vers du poème de la mer….

  65. Montagne Sainte Geneviève

    dit :

    « … l’obscure connaissance de ce qui allait être » (Proust).

  66. Jacquie

    dit :

    Comment ai-je pu passer à coté de ce poème ? Comment ai-je pu me contenter du premier quatrain en me disant « c’est trop long et un peu chiant » ? Ce poème et j’ose le dire du haut de mes 18 ans, est l’incarnation du beau. Grâce à Rimbaud, je pense aussi avoir vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

  67. bouchaib el jouhari

    dit :

    Pour moi, les plus beaux vers d’Arthur Rimbaud sont :

    « Elle est retrouvée !
    Quoi ? l’éternité.
    C’est la mer mêlée
    Au soleil. »

    J’ai jamais pu m’empêcher de les comparer à la grande théorie d’Albert Einstein : E=MC2

  68. Romanoart

    dit :

    Moi ça y est je le sais par cœur !

  69. Didier

    dit :

    Pauvre Mr X… je le plains, sans autre commentaire. Je m’en tiendrais plutôt aux merveilleux écrits, dont celui de B Marchand, que l’on peut lire, à propos de ce divin chef d’œuvre, d’une telle perfection, d’une telle profondeur, qu’il n’a pour moi qu’un équivalent dans sa géniale construction : La 9 ème de Beethov… allez, la 5ème aussi!

  70. bouchaib el jouhari

    dit :

    Je ne veux pas sous-estimer l’oeuvre, mais pour moi la vie du poète a plus de valeur.

  71. Aziz Sadki

    dit :

    C’est j’en suis convaincu le plus beau poème jamais chanté ou écrit par un homme aujourd’hui, hier et demain. Je n’ai pas lu la part infinie des poèmes du monde entier, d’hier et d’aujourd’hui, dans toutes les langues et dans l’infinité des langues personnelles. Je me plais à penser. Je pense aussi qu’il ne se lit pas, il se déclame, se chante, s’habite, s’époumone… Rimbaud a fait exploser le langage. Sa vie est faite de poèmes qui sont des explosions. Le Bateau Ivre s’est bien sûr lui. A ceux qui ne connaissent pas les Ardennes : même si Rimbaud n’avait pas encore vu la mer (son père était officier, un moment officier de bureau arabe, de l’autre côté de la mer Méditerranée), la Meuse porte de nombreux bateaux de toute sorte, tirées alors, souvent, le long des chemins de halage. C’est une mer étirée dans une longue longueur. Tous les fleuves sont déjà la mer. Tous les fleuves vont à la mer, les ruisseaux aussi, de ruisseau en ruisseau, de ruisseau en fleuve, pour s’aboucher avec la mer. Le ciel est un océan qui pleut sans cesse.

  72. Bernard BONNAMOR

    dit :

    Ce texte est sublime
    d’une beauté incandescente, insaisissable,
    sa musique est envoutante, enivrante
    la beauté d’un rêve éveillé,
    un éblouissement!

  73. klaxand

    dit :

    Vous avez fumé quoi ?

  74. Didier Souville

    dit :

    Je suis tellement content ! D’avoir lu qu’un homme de 61 ans (mon age !) a appris « le bateau ivre » en 26 jours. Cela fait plusieurs fois dans ma vie que je l’apprends et je me sentais si déficient de l’oublier au bout de quelques mois ? Eternel débat avec mes amis : ceux qui ont de la mémoire disent que tout le monde en a et les autres qu’on peut l’améliorer ?! Ce poème est une claque !! Il m’a beaucoup influencer pour écrire mon recueil !

  75. Novalis

    dit :

    Je dois tout à ce poème. Je me suis baigné dans ce poème, infusé d’astres et lactescent… depuis l’adolescence. Il a fait de moi un poète et un écrivain. Toute ma vocation est contenue dedans. Sans lui ma vie aurait été fade ! J’ai toujours appris des quatrains comme ça au hasard, sans vraiment le savoir totalement et puis le confinement est arrivé. J’ai aujourd’hui 61 ans et j’ai décidé d’apprendre totalement les 100 vers et après 26 jours d’apprentissage, je le sais enfin par coeur en comptant les liaisons et ponctuations. C’est vraiment difficile à mémoriser mais j’y suis parvenu et cet exploit est un des vœux les plus chers de ma vie, j’en suis profondément heureux !

  76. Bucher

    dit :

    Appris par coeur à l’adolescence ainsi que Soleil et chair en partie. Ne m’a plus quitté depuis et j’ai largement dépassé 80.

  77. Sylvie

    dit :

    Apprenez le par cœur…. Et dès lors vous vous baignerez dans le poème de la mer…. Vous vous ferez le plus beau des cadeaux ! ❤

  78. Très longue phrase

    dit :

    Jeune ado laissant les émaux des maux couler de leur source créative, nous aimerions lecteurs et auditeurs nous baigner éternellement dans la symphonie de ces mots qui semblent atteindre en puisant dans leur matière sonore et intuitive, la sculpturale beauté d’une mystique transcendantale transe…en danse…

  79. Marie thé morand

    dit :

    J’ai lu ce poème plusieurs fois. Sa beauté ne paraît pas tout de suite évidente mais elle est réelle. On se plaît à disséquer chaque mot et comprendre que la poésie est de la musique.

  80. v

    dit :

    Un certain “X” quelque part plus haut déclare : « […] vie merdique brûlée par les deux bouts […] » et parle « d’onanisme onirique chialant avec lourdeur ». Ceci pour qualifier Le Bateau Ivre, ce poème tragique inépuisable, cette foudre bleue accouchée d’un prodige français de même pas 20 ans, ce baume pour l’âme, cette voix du siècle devenue un écho à jamais. Quelle vie d’Homme n’est pas merdique ? Celle de cet internaute l’est sûrement – la mienne aussi – celle de chaque Homme – car toute vie est merdique, tout Homme est un microbe, dans cet univers insondable et trop vaste – nous sommes merdes, car trop petits, trop insignifiants.

    Mais vraisemblablement certains en plus d’une vie merdique accusent un illétrisme absolu et une stupidité pisseuse. Misère du lecteur étranger à la Beauté – pauvreté abyssale du commentaire perplexe qui ne sied aucune justification – merdicité totale en somme.

    Car vous ne saisissez donc rien ? Ni l’obscurité ni la lumière, intriquées, mêlées dans ce texte d’extase ? Le Bateau Ivre est une œuvre parfaite, c’est une science, c’est un cadeau, c’est comme l’arme nucléaire de la France, c’est la justesse et la prouesse ingénieuse, sans pareil. Les mots, les couleurs, les émotions, les sensations, l’élan divin indompté, naïf, direct, tout y est parfait : ce texte est une Bible – vous ne le voyez pas, car vous ne disposez pas des accès cérébraux nécessaires.

    On ne demande pas à un Copernic de convaincre un Cardinal. On ne peut demander à un dépourvu, un dépourvu rognant, un insensible, dont le commentaire laisse à penser qu’il est un analphabète poétique, de comprendre Rimbaud. Ce qui chiale c’est votre goût littéraire encore puceau.

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