Le bateau ivre

Arthur Rimbaud

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Arthur Rimbaud, Poésies

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88 commentaires sur “Le bateau ivre”

  1. Traité du style

    dit :

    « Mais les mouches dont je parlais et que je comparais à des mules, les moules en un mot qui se sont accrochées à la quille du Bateau Ivre _ l’occasion me semble bonne pour dire que toute allusion à ce poème est le signe le plus certain de la vulgarité _ les moules établissent entre Rimbaud et elles un lien illégitime. »
    Louis Aragon (« Traité du Style » page 63)

  2. Patricia Voranger

    dit :

    Je pense qu’il y’a un double sens ou 2ème degré… L’ivresse de l’alcool étant celui ci. Quand pensez vous ?

  3. J.Sèbe

    dit :

    Merci à Pascal Solal pour son commentaire très pertinent qui résume fort bien la signification de ce poème. J.

  4. Charbonnel

    dit :

    Absolument magnifique, une tornade littéraire, une fabuleuse utilisation de mots, d’adjectifs, d’idées oniriques ! Mais totalement incohérent. Comme ces toiles de peintres « non figuratifs » qui enchantent l’œil mais n’ont aucune signification. J’y vois avant tout le canular génial d’un potache sur-doué. Tous ces commentaires sont le fait de pseudo-intellectuels en proie à l’onanisme cérébral !

  5. Joëlle

    dit :

    Merci à Bvbh pour sa réponse.

    Je voulais juste preciser mon interprétation des « azurs vers » (ecrits de cette façon) puisque vous semblez penser que ça ne veut rien dire.

    Pour moi, Rimbaud se baigne dans son propre poème (de la mer). Après avoir dispersé gouvernail et grappins, il a lâché prise, il se baigne dans son poème et là, les azur vers prennent tout leur sens puisque ce sont les vers qu’il compose… et il utilise pour cela le mot dévorer.

    Je vais continuer à me laisser emporter dans ce voyage infini et magnifique.

  6. Georges Georget

    dit :

    Texte fort que je connais par coeur depuis longtemps, et que j’ai le plaisir d’interpréter en public (privé ou spectacle) à chaque fois que j’en ai l’occasion ..

  7. Petrchik

    dit :

    Plus que tout autre ce poème est à apprendre par cœur pour qu’il finisse par vous habiter et vous… « augmenter » 25 jours à peu près. Oui. C’est à peu près ça. Les mots sont enfin en moi… pourtant…

    Humblement : Si Verlaine a bien recopié la ponctuation telle que celle que je peux lire, j’aurai besoin de temps pour en faire mien le sens en bien des épisodes du chef-d’œuvre.

    Quelques témoignages sur ce sujet ?

    Merci

  8. Acacia condes

    dit :

    Bouleversant de beauté, le rythme, les images, les sons, les mots vous emportent et ne vous lâchent plus. Je l’ai appris par cœur en un mois en marchant dans la montagne. Immergée dans l’énergie des mots, je l’ai fait mien ce poème.

  9. Jérôme

    dit :

    Certainement pas « le sommet indépassable de la poésie française », non. Nerval, Hugo, Apollinaire et Eluard (celui des années 1920) eux ont réellement atteint de tels sommets. Voire le Rimbaud de « Voyelles ». Mais l’enseignement scolaire donne aux gens une vision tres académique et totalement erronée de ce qu’est la valeur d’une oeuvre poétique.

  10. Pascal SOLAL

    dit :

    On présente souvent ce poème (qui est pour moi le sommet indépassable de la poésie française) comme incompréhensible hermétique. Je ne comprends pas cela, car il est pour moi un des plus clairs de Rimbaud. L’auteur, lassé de l’ennui (les fleuves impassibles), de la routine et de l’esprit mercantile du vieux monde, s’échappe par le voyage (voyage intérieur voyage imaginaire ou voyage réel, peu importe). Il se libère de la chape de plomb (les fleuves m’ont laissé aller où je voulais). Mais, après tant de visions extraordinaires, il se rend compte qu’on n’échappe pas à la condition humaine (les aubes sont navrantes).

    Ce qui est frappant, en dehors de la virtuosité et de la terrible beauté de ce poème, c’est que ce dernier annonce ce que sera la vie de Rimbaud: le voyage (imaginaire, par le « dérèglement de tous les sens »; ou réel, par les milliers de kilomètres parcourus à pied, jusqu’à en mourir) incessant ne l’empêchera pas, au bout du compte, de succomber à l’ennui, à la routine et à l’effroyable médiocrité de ce monde (c’est-à-dire de l’homme; ce qui inclut bien sûr sa propre médiocrité). C’est un poème sur la condition humaine.

  11. Bvbh

    dit :

    À Corentin : merci pour votre commentaire, qui m’a particulièrement touché.

    À Joëlle : « azurs verts » me semble bien plus pertinent qu' »azurs vers » qui ne veut pas dire grand chose. Il faut garder en tête que Rimbaud est un latiniste, or chez les Romains, comme chez les Grecs antiques, les couleurs bleue et verte n’ont pas la même distinction que nous en avons, quitte à se confondre. Par ex : le bleu du ciel et celui de la mer était considérés par eux comme deux couleurs différentes, et on retrouve souvent l’idée de flots verts chez Rimbaud comme chez les Romains (cf Venus Anadyomène par exemple).

  12. michel

    dit :

    It is a wonderful poem, its an attempt to convey his sense of loss and disorientation, with the last lines « Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache… » hinting at the source.

    Hart Crane, in The Bridge, has echoes of it. « I could not pick the arrows from my side ».

    But this, the original, is disciplined, taut, concise. It reminds one of what Wordsworth called Chatteron ‘marvellous boy’. Its the work of a boy, certainly. One who wrote verse as naturally as speaking.

  13. Corentin

    dit :

    Je l’ai appris par cœur il y’a quelques années. Strophe après strophe. Pendant quelques semaines. Je me souviens d’une strophe apprise en conduisant sur les petites routes du Périgord et du Lot, interpellé graduellement par l’amplitude de beauté : « baigné dans le poème de la mer ». Je le lis à mes deux fils de 4 et 6 ans pour les endormir régulièrement. Parfois ils s’endorment. Parfois ils ont peur. Et j’ai du trouver d’autres poèmes. Mais ce soir, cela faisait longtemps, ils m’ont demandé le bateau ivre d’Arthur Rimbaud.

  14. Coco

    dit :

    Ces commentaires prouvent l’extrême complexité de l’âme Humaine et l’incommunicabilité des hommes… mais ce poème a vraiment quelque chose qui ne peut nous laisser indifférent… à la Beauté !

  15. Joëlle

    dit :

    Je reviens sur les « azurs verts ». C’est ainsi qu’on peut lire ce poème (dans la quatrième strophe).

    Or, dans le manuscrit que l’on trouve sur internet, recopié paraît il par Verlaine, alors que le manuscrit original se serait perdu, on peut lire « azurs vers ». Je ne sais pas qui a interprété ces mots ainsi ni pourquoi. Mais Rimbaud disant qu’il se baigne dans le poème de la mer, je trouve plus logique de penser qu il dévore les azur vers. J’aimerais savoir ce que vous en pensez. Merci d’avance.

  16. Jeff jeff

    dit :

    Bonjour a tous, j’encourage la lecture du livre récent de Sylvain Tesson (un été avec l’auteur) qui apporte une interprétation de la poésie de l’auteur et de ce poème. Il décrit Rimbaud poète avant-gardiste confronté aux courants plus classiques de la poésie. Je les vois tous les deux dans ce poème, l’un bateau frêle incertain lâché dans l’immensité des oceans, les autres transporteurs lourds et à but commercial (transportant cotons et blés).

  17. Tounssiya

    dit :

    Bon, vous m’avez convaincue. Je commence à l’apprendre par cœur. Profitons de ce confinement, merci pour vos commentaires, c’est un régal.

  18. Sisco

    dit :

    Je me contenterai du poème plus court que j adore, « Le dormeur du val ».

  19. Graciela Dondo

    dit :

    Je me baigne dans ce poème.

  20. Un random

    dit :

    Ahlala les commentaires. Des pépites. Entre ceux qu’on la grosse tête, ceux qui se sont perdus et ceux qui parle dans un language plus soutenu que je ne sais quoi. Le bateau rend les gens fous.

  21. Carnaroli

    dit :

    Tellement de commentaires, le bateau ne laisse pas indifférent. Et juste une sensation, un besoin, lire, écouter, réciter, le bateau ivre, même envie pour la mémoire et la mer de Léo Ferré.

  22. JR

    dit :

    Un des rare plaisancier qui voyage réellement !

  23. Carme

    dit :

    Je trouve tous les commentaires inspirés. J’aurais une lecture : l’enfance barrée, puis brisée, découverte liberté difficulté vérité jusqu’à l’allusion à la colonisation dans le dernier quatrain.

  24. Molina

    dit :

    J’ai vu des explications sur internet, qui relient ce poème aux évènements de la Commune de Paris, avec des détails au ligne à ligne du poème. J’avoue que j’ai été très convaincu.

  25. frédéric combes

    dit :

    Didier Souville! Moi aussi je l’ai appris à 60 ans, en quatre jours d’hôpital, pour m’occuper et pour ne pas laisser dormir ce chef d’oeuvre entre les pages d’un livre! Si je ne le récite pas régulièrement, je l’oublie (70 ans), mais le retrouve rapidement après quelques relectures! Et c’est un vrai plaisir que de pouvoir le dire à voix haute (pour moi même) sans hésitations et sans trébucher sur un mot ! J’en ai fait autant avec quelques poèmes de Baudelaire que je me récite en me baladant dans la nature!

  26. toto

    dit :

    J’ai rien compris! C’est sublime!

  27. liliane Torres

    dit :

    Moi vieille dame de 86 ans j’aimerais beaucoup une explication de textes. Alors oui quand j’aurai tout compris je m’exercerai à l’apprendre.

  28. Je me suis perdue

    dit :

    Alors ça va les chevilles ? J’ai comme l’impression que les commentateurs se croient légèrement au dessus de la « populace »…. N’empêche c’est un très bon divertissement

    Bon courage à tous ceux qui doivent l’apprendre

  29. Paul d’Aden

    dit :

    Un poème que je me récite chaque soir en m’endormant. Et j’y ai donc vu, forcément des choses. Lire Rimbaud, étudier Rimbaud vous fais forcément devenir un autre, une autre. Partant donc du principe d’être un autre, visionnaire, je me rallie pour partie à M. X. pour la part de scatologie (des arbres tordus avec de noirs parfums). Et aussi tout simplement à ce que découvre un ado à 16 ou 17 ans (plus sourd que des cerveaux d’enfants… à qui on a fait bien comprendre que la masturbation rend sourd). Et enfin, en petites contrepèteries, remplacez donc cieux par culs. Et c’est là que le bateau ivre devient bâton ivre comme la sucette à l’anis de Gainsbourg.

    Et le génie est là. A 360 degrés. Dans les archipels sidéraux certains y verront un ciel plus qu’étoilé d’autres un cul (tiens, un jeu de voyelles) où des millions de spermatozoïdes futures vigueur, et pour cause, viennent s’échouer dans une nuit sans fond: l’amour physique est sans issue, je vais et je viens.

    S’il y a un film qui vous donne une des clés de ce poème – mais qui ne l’ouvrira jamais – c’est Total Éclipse (1994 avec L Di Caprio). RES NON VERBA.

  30. Emmanuelle

    dit :

    En quoi ce poème parle de la communion avec la nature ?

  31. Cherif Aboubacar

    dit :

    Oh vent plein de sagesse tel une nuit sans étoile mots barbares au coeur doux la poésie plume de l’homme cœur de l’humanité ô tristesse des nuits profonde une cité pleine d’ennui toi Rimbaud mon féal je suis passionné de poésie mais je sais pas comment faire.

  32. Philou29

    dit :

    Eaux tourmentées de la Semoy, ou masse paisible de la Meuse, encerclées des monts et des légendes de l’Ardenne profonde.. il est loin du Square aux mesquines pelouses de la gare de Charleville, loin du carcan de son collège… et si loin encore des paysages désertiques et mortels de l’Afrique de l’Est.

  33. Dylan

    dit :

    Je devais voir juste pour un devoir mais il est vraiment beau ce poème.

  34. Salmo

    dit :

    Je l’ai appris par cœur. Il adoucit mes douleurs neurologiques. La nuit en le récitant dans ma tête je retrouve mon sommeil… La nuit verte aux neiges éblouies… Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades. Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants… Je rendors heureux.

  35. Marie José Lesage

    dit :

    Moi j’ai 81 ans et depuis le confinement, depuis six mois, je dis et redis ce poème. J’oublie quelques strophes puis y reviens sans cesse comme avec le roulis des vagues et je ne m’en lasse pas. Il y a un seul vers que je déteste, c’est celui du mufle à l’océan poussif. Mais il faut voir le contraste avec ce qui nous fait rêver.

  36. Yves

    dit :

    Plus on le lis plus il devient compréhensible et lumineux. Les images nous habitent par leur force et leur résonance profonde. Que de beauté et de fulgurances… qui nous habitent…

  37. Berthin aymar des idiaux

    dit :

    D’où viennent ces oiseaux d’or de Rimbaud,et où vont-ils ?

  38. ANDREY Alain

    dit :

    A mon avis et modeste expérience, ce sont les poèmes les plus longs qui gagnent à être sus « par coeur » pour en tirer au fil du temps le plus de « jus ». Et paradoxalement plus facilement retenus après l’apprentissage que d’autres plus courts…. Peut-être parce qu’une fois en tête, on y revient de plus en plus fréquemment.

    Quant à savoir lequel est le « meilleur »… vanité absurde. Faut-il mettre en compétition la Chanson du Mal Aimé, Femmes damnées (2) et Le Bateau Ivre ?
    Je sais ceux-là et quelques autres encore…

    Quant à la diversité des réactions ici… un autre poète l’a chanté: « Le temps ne fait rien à l’affaire ».

    Amitiés à toutes et tous ceux et celles qui pour une déraison ou pour une autre, ont un jour ou une nuit embarqué pour un voyage aux richesses inépuisables.

  39. Frenchmetal

    dit :

    J’adore les commentaires qui font référence à la longueur excessive… Si la concision des haïkus est parfois merveilleuse, ne pas être capable de se concentrer au-delà de 140 signes semble être le mal du moment…

    Vous faites le tour des océans chevauchant le génie d’un garçon de 16 ou 17 ans en seulement 100 vers, et c’est déjà trop long ? Sincèrement, je vous plains.

  40. Joëlle

    dit :

    « Azurs verts » ou « azurs vers » comme on peut le lire dans le manuscrit ? Que pensez vous de ces deux versions ? Qui a tort ? Qui a raison ? Je préfère tellement les azurs vers du poème de la mer….

  41. Montagne Sainte Geneviève

    dit :

    « … l’obscure connaissance de ce qui allait être » (Proust).

  42. Jacquie

    dit :

    Comment ai-je pu passer à coté de ce poème ? Comment ai-je pu me contenter du premier quatrain en me disant « c’est trop long et un peu chiant » ? Ce poème et j’ose le dire du haut de mes 18 ans, est l’incarnation du beau. Grâce à Rimbaud, je pense aussi avoir vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

  43. bouchaib el jouhari

    dit :

    Pour moi, les plus beaux vers d’Arthur Rimbaud sont :

    « Elle est retrouvée !
    Quoi ? l’éternité.
    C’est la mer mêlée
    Au soleil. »

    J’ai jamais pu m’empêcher de les comparer à la grande théorie d’Albert Einstein : E=MC2

  44. Romanoart

    dit :

    Moi ça y est je le sais par cœur !

  45. Didier

    dit :

    Pauvre Mr X… je le plains, sans autre commentaire. Je m’en tiendrais plutôt aux merveilleux écrits, dont celui de B Marchand, que l’on peut lire, à propos de ce divin chef d’œuvre, d’une telle perfection, d’une telle profondeur, qu’il n’a pour moi qu’un équivalent dans sa géniale construction : La 9 ème de Beethov… allez, la 5ème aussi!

  46. bouchaib el jouhari

    dit :

    Je ne veux pas sous-estimer l’oeuvre, mais pour moi la vie du poète a plus de valeur.

  47. Aziz Sadki

    dit :

    C’est j’en suis convaincu le plus beau poème jamais chanté ou écrit par un homme aujourd’hui, hier et demain. Je n’ai pas lu la part infinie des poèmes du monde entier, d’hier et d’aujourd’hui, dans toutes les langues et dans l’infinité des langues personnelles. Je me plais à penser. Je pense aussi qu’il ne se lit pas, il se déclame, se chante, s’habite, s’époumone… Rimbaud a fait exploser le langage. Sa vie est faite de poèmes qui sont des explosions. Le Bateau Ivre s’est bien sûr lui. A ceux qui ne connaissent pas les Ardennes : même si Rimbaud n’avait pas encore vu la mer (son père était officier, un moment officier de bureau arabe, de l’autre côté de la mer Méditerranée), la Meuse porte de nombreux bateaux de toute sorte, tirées alors, souvent, le long des chemins de halage. C’est une mer étirée dans une longue longueur. Tous les fleuves sont déjà la mer. Tous les fleuves vont à la mer, les ruisseaux aussi, de ruisseau en ruisseau, de ruisseau en fleuve, pour s’aboucher avec la mer. Le ciel est un océan qui pleut sans cesse.

  48. Bernard BONNAMOR

    dit :

    Ce texte est sublime
    d’une beauté incandescente, insaisissable,
    sa musique est envoutante, enivrante
    la beauté d’un rêve éveillé,
    un éblouissement!

  49. klaxand

    dit :

    Vous avez fumé quoi ?

  50. Didier Souville

    dit :

    Je suis tellement content ! D’avoir lu qu’un homme de 61 ans (mon age !) a appris « le bateau ivre » en 26 jours. Cela fait plusieurs fois dans ma vie que je l’apprends et je me sentais si déficient de l’oublier au bout de quelques mois ? Eternel débat avec mes amis : ceux qui ont de la mémoire disent que tout le monde en a et les autres qu’on peut l’améliorer ?! Ce poème est une claque !! Il m’a beaucoup influencer pour écrire mon recueil !

  51. Novalis

    dit :

    Je dois tout à ce poème. Je me suis baigné dans ce poème, infusé d’astres et lactescent… depuis l’adolescence. Il a fait de moi un poète et un écrivain. Toute ma vocation est contenue dedans. Sans lui ma vie aurait été fade ! J’ai toujours appris des quatrains comme ça au hasard, sans vraiment le savoir totalement et puis le confinement est arrivé. J’ai aujourd’hui 61 ans et j’ai décidé d’apprendre totalement les 100 vers et après 26 jours d’apprentissage, je le sais enfin par coeur en comptant les liaisons et ponctuations. C’est vraiment difficile à mémoriser mais j’y suis parvenu et cet exploit est un des vœux les plus chers de ma vie, j’en suis profondément heureux !

  52. Bucher

    dit :

    Appris par coeur à l’adolescence ainsi que Soleil et chair en partie. Ne m’a plus quitté depuis et j’ai largement dépassé 80.

  53. Sylvie

    dit :

    Apprenez le par cœur…. Et dès lors vous vous baignerez dans le poème de la mer…. Vous vous ferez le plus beau des cadeaux ! ❤

  54. Très longue phrase

    dit :

    Jeune ado laissant les émaux des maux couler de leur source créative, nous aimerions lecteurs et auditeurs nous baigner éternellement dans la symphonie de ces mots qui semblent atteindre en puisant dans leur matière sonore et intuitive, la sculpturale beauté d’une mystique transcendantale transe…en danse…

  55. Marie thé morand

    dit :

    J’ai lu ce poème plusieurs fois. Sa beauté ne paraît pas tout de suite évidente mais elle est réelle. On se plaît à disséquer chaque mot et comprendre que la poésie est de la musique.

  56. v

    dit :

    Un certain “X” quelque part plus haut déclare : « […] vie merdique brûlée par les deux bouts […] » et parle « d’onanisme onirique chialant avec lourdeur ». Ceci pour qualifier Le Bateau Ivre, ce poème tragique inépuisable, cette foudre bleue accouchée d’un prodige français de même pas 20 ans, ce baume pour l’âme, cette voix du siècle devenue un écho à jamais. Quelle vie d’Homme n’est pas merdique ? Celle de cet internaute l’est sûrement – la mienne aussi – celle de chaque Homme – car toute vie est merdique, tout Homme est un microbe, dans cet univers insondable et trop vaste – nous sommes merdes, car trop petits, trop insignifiants.

    Mais vraisemblablement certains en plus d’une vie merdique accusent un illétrisme absolu et une stupidité pisseuse. Misère du lecteur étranger à la Beauté – pauvreté abyssale du commentaire perplexe qui ne sied aucune justification – merdicité totale en somme.

    Car vous ne saisissez donc rien ? Ni l’obscurité ni la lumière, intriquées, mêlées dans ce texte d’extase ? Le Bateau Ivre est une œuvre parfaite, c’est une science, c’est un cadeau, c’est comme l’arme nucléaire de la France, c’est la justesse et la prouesse ingénieuse, sans pareil. Les mots, les couleurs, les émotions, les sensations, l’élan divin indompté, naïf, direct, tout y est parfait : ce texte est une Bible – vous ne le voyez pas, car vous ne disposez pas des accès cérébraux nécessaires.

    On ne demande pas à un Copernic de convaincre un Cardinal. On ne peut demander à un dépourvu, un dépourvu rognant, un insensible, dont le commentaire laisse à penser qu’il est un analphabète poétique, de comprendre Rimbaud. Ce qui chiale c’est votre goût littéraire encore puceau.

  57. brigitte marchand

    dit :

    Trop long!? Bande de jeunes! A ceux qui trouve ce poème trop long ne lisez qu’une strophe à la fois! Ce poème c’est une vie! Et vous apprendrez à vos dépens qu’elle est plutôt trop courte! Mais il est vrai qu' »à 17 ans on n’est pas sérieux ». Vous en connaîtrez toutes les étapes par chaque strophe et vous avez intérêt à en jouir car l’heure des pontons est inéluctable! Ne vous laissez pas avoir, l’école tue la poésie! Lisez avec votre coeur!

  58. Jean Pierre

    dit :

    Je ne suis pas d’accord avec X quand il parle de « réminiscence d’une vie merdique brûlée par les deux bouts » Rimbaud avait a peine 17 ans quand il a écrit ce poème. Sa vie ne faisait donc que commencer. Et si cette vie n’est pas un modèle de sagesse et de stabilité, elle n’en demeure pas moins passionnante. La qualifier de « merdique » relève de l’insulte gratuite et facile a mon humble avis.

    « On aime ou on aime pas » c’est le seul argument que je trouve constructif dans la critique de X. Certains ont vu dans Le Bateau Ivre une débauche de langage totalement dénudée de sens, une construction bancale de mots pris au hasard pour faire joli.

    Il faut savoir que le jeune Arthur, n’ayant jamais quitté ses Ardennes natales, n’avait jamais vu la mer une seule fois dans sa vie quand il a écrit le Bateau Ivre. Puissance de l’imaginaire dans cette fête du langage d’une beauté sans pareil. J’adore positivement ce poème.

  59. _X_

    dit :

    Longueur venant à bout de ma patience. Onanisme onirique chialant avec une lourdeur toute romantique sur les réminiscences mélancoliques d’une vie merdique brûlée par les deux bouts. Y en a qui aime. Moi pas…

  60. Vieuxpieton

    dit :

    On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
    Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

  61. jean michel audibert

    dit :

    Bien sûr chacun peut y « voir » ce qu’il veut, mais je crois qu »il y a de beaux moments de tempête où le tangage remplace le roulis, il y a des instants wagnériens non ? Et une dérive ça change de rythme tout le temps. A lire / dire à haute voix pendant une promenade un peu mouvementée ou quand votre kayak est pris par le courant vous donnera les vrais accents ??

  62. Nadege Martinez

    dit :

    Trop long

  63. AESTETICS.10.07.

    dit :

    Personnellement je trouve que c’est long, mais ce poème nous dit pleins de choses. Comment Rimbaud s’exprimait c’était fou d’une manière fantastique!

  64. Lise

    dit :

    – Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
    Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

    Mais, vrai, j’ai trop pleuré !

    Moi aussi !

  65. Macha

    dit :

    Quelle merveille !… Je ne m’en lasse pas !

  66. Gilles

    dit :

    Ce poème est un voyage dans l’âme créatrice. Visions, images se déploient dans un approfondissement presque sans fin. Je l’ai appris par cœur, cela m’a ouvert à ses articulations, à la logique propre de cette dérive sublime. Tout est clair, et finalement ce texte n’est pas long, c’est sa juste dimension. Je le dis régulièrement, en pensée ou haute voix, c’est un talisman.

  67. Claude

    dit :

    Très longtemps, j’ai arrêté la lecture du bateau ivre à la première strophe. Trop long, trop complexe, au rythme parfois déroutant…. Et puis, l’âge venu, j’ai fini par me laisser envoûter par la vigueur exceptionelle de l’écriture, par la puissance de l’ exaltation initiale et par le pathétique de la peur et du renoncemement final. Je reste, toujours aujourd’hui, fasciné par la puissance évocatrice de ce poème de Rimbaud. J’ai fait l’effort de l’apprendre par coeur et d’en disséquer chaque vers, chaque image, chaque impression, voire chaque mot. C’est un plaisir sans cesse renouvelé, presque une addiction.

  68. JEF

    dit :

    J’ai l’impression que personne n’a vraiment lu ce poème. Pourtant l’inspiration du poète nous emmène très loin. Au delà des mots et de la langue. Dans les profondeurs abyssales et vibrantes d’un vécu dévastateur qui transcende la langue et les images. Rimbaud précurseur et initiateur du contemporain.

  69. Ivre aussi

    dit :

    J’avais appris ce poème par cœur il y a longtemps, séduit par la langue, les images et le foisonnement poétique particulièrement riche de ce texte.

    En le relisant aujourd’hui, des années plus tard, son sens caché me paraît évident. C’est un autoportrait, voulu ou inconscient. Disons prémonitoire. Ce bateau ivre, insoucieux de tous les besogneux du monde, des marchands de blé ou de cotons et qui s’enivre du monde une fois ses amarres rompues, c’est Rimbaud lui-même.

    Et ce qui est vraiment génial et troublant, c’est qu’il décrit à 17 ans, avec une prescience incroyable, sa trajectoire, fulgurante et hors du commun. Une vie qui a connu toutes les possibilités, toutes les libertés, tous les excès, pour finir en Europe, nostalgique et épuisé.

  70. bob

    dit :

    On dit Rimbaud ou Raimbaud; parce que c’est pas le même, en fait, souvent je fais des fautes, je sais pas trop lire et écrire, mais son poeme c’est comme les promesses du monde politique, c’est long, tellement long, que c’est compliqué et puis on finit par perdre la bousole ou la boussole.

  71. Arty Fils

    dit :

    @boyer : « Il est impossible, ne FUT-CE qu’avec des mots, DE transmettre… »
    @Ca te regardes pas (sic) : votre orthographe reflète votre aptitude à comprendre. Pas seulement ce poème, mais les mots, la langue. Ce n’est sans doute pas votre faute, et « errare humanum est » , mais « perseverare diabolicum ». Faites l’effort d’apprendre, vous en serez heureux.

  72. Hebert

    dit :

    L’ivresse de la liberté avec ses dérives chaotiques dans une langue éclatante, tonitruante, lumineuse, folle, belle et puis soudain la nostalgie, l’épuisement, presque le désespoir. Voilà ce que j’ai ressenti. C’est au delà de la poésie. C’est la beauté totale. Même si on n’est pas d’accord il n’y a pas mieux .

  73. Philippe

    dit :

    L’un des plus beaux poèmes de notre littérature ! Trop long ? La beauté peut être courte mais n’est jamais trop longue…

  74. Alexandre

    dit :

    C’est un poème très émouvant ! Magnifique…

  75. Ca te regardes pas

    dit :

    Bon alors on va pas se mentir… ce poeme est un peu long ! Mais bon. Pour ce qui disent que ça les berces, laissez-moi doucement rire ! C’est un beau poeme mais bon ! On va pas le lire à un bebe !

  76. Adebelloy

    dit :

    Que c’est long

  77. Alebert

    dit :

    Ce texte figure intégralement, à la virgule près, dans les poésies libertines de Théophile Gautier. Qui a copié ?

  78. Mesbrascestdesorties

    dit :

    Rimbaud fait encore une fois une prouesse…

  79. Xavier Marchal

    dit :

    … Et Luchini, quand il le lit ! C’est encore plus beau !

  80. Sire Co(r)n flakes

    dit :

    pommes sures (= surettes, acides, aigrelettes… mais pas sûres, indubitables, moult fois prouvées ni même certaines :))

    Elle a bien conquis la toile, cette coquille-là.. Quand j’pense au premier de cordée – çui-là qu’a ouvert la voie, là où, dans des espaces électroniques où la main de l’internaute n’avait encore jamais posé le pied – je l’imagine hyper concentré, le mec, en train de se dire : ‘tain, faut pas que je loupe, mon circonflexe, ‘tain, en plus c’est la gâlerr, faut taper avec le p’tit doigt de la main droite, gnn, dur, ‘tain, elle est où cette p…. de touche…
    Ralàlà, tout ça pour ça..

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