Les yeux

René-François Sully Prudhomme

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.

Les nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux sans nombre ;
Les étoiles brillent toujours
Et les yeux se sont remplis d’ombre.

Oh ! qu’ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n’est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

Et comme les astres penchants,
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.

René-François Sully Prudhomme, La vie intérieure

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5 commentaires sur “Les yeux”

  1. Claude Foissey

    dit :

    Lu et appris en 5ème, jamais oublié depuis: une merveille d’émotions.

  2. hamici ahmed

    dit :

    Juste sublime avec son autre poème « le vase brisé »

  3. Zerdoumi

    dit :

    Beaucoup d’émotion. Ici, l’âme vibre. Ce poète oublié mérite mieux : qu’on le réhabilite. Les ombres conjuguées de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud l’ont écrasé.

  4. REGGI

    dit :

    J’aime ce poème depuis mon enfance bien lointaine!

  5. BOUL

    dit :

    Est-il possible d’entendre ce poème sans verser une larme ?

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