Paris diurne

Tristan Corbière

Vois aux cieux le grand rond de cuivre rouge luire,
Immense casserole où le Bon Dieu fait cuire
La manne, l’arlequin, l’éternel plat du jour.
C’est trempé de sueur et c’est poivré d’amour.

Les Laridons en cercle attendent près du four,
On entend vaguement la chair rance bruire,
Et les soiffards aussi sont là, tendant leur buire ;
Le marmiteux grelotte en attendant son tour.

Tu crois que le soleil frit donc pour tout le monde
Ces gras graillons grouillants qu’un torrent d’or inonde ?
Non, le bouillon de chien tombe sur nous du ciel.

Eux sont sous le rayon et nous sous la gouttière
À nous le pot-au-noir qui froidit sans lumière…
Notre substance à nous, c’est notre poche à fiel.

Ma foi j’aime autant ça que d’être dans le miel.

Tristan Corbière, Les Amours jaunes

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Un commentaire sur “Paris diurne”

  1. Françoise34

    dit :

    J’imagine bien Tristan, sous la pluie un soir, observant derrière la vitrine d’une rôtisserie ou d’un restaurant les agapes de clients réjouis. Et je ressens avec lui l’injustice de la nature qui sépare les 2 mondes… lumière-obscurité, soleil-pluie, pauvreté-richesse.

    Amertume …

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