Ô saisons ô châteaux,
Quelle âme est sans défauts ?
Ô saisons, ô châteaux,
J’ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n’élude.
Ô vive lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.
Mais ! je n’aurai plus d’envie,
Il s’est chargé de ma vie.
Ce Charme ! il prit âme et corps.
Et dispersa tous efforts.
Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu’elle fuie et vole !
Ô saisons, ô châteaux !
Et, si le malheur m’entraîne,
Sa disgrâce m’est certaine.
Il faut que son dédain, las !
Me livre au plus prompt trépas !
– Ô Saisons, ô Châteaux !
Arthur Rimbaud
Derniers vers, 1872
Ce poème est daté de 1872 et fait partie de ce qu’on a appelé les Derniers Vers. Ceux-ci sont très différents des premiers poèmes de Rimbaud (cf. Le Dormeur du Val ou Ma Bohème), à la fois par l’inspiration et par la forme. Comme l’écrira Verlaine dans Les Poètes Maudits, « Rimbaud vira de bord et travailla (lui!) dans le naïf, le très et l’exprès trop simple, n’usant plus que d’assonances, de mots vagues, de phrases enfantines ou populaires. Il accomplit ainsi des prodiges de ténuité, de flou vrai, de charmant presque inappréciable à force d’être grêle et fluet ». On n’est plus très loin des Illuminations…
Ce n’est pas « le plus beau poème »?
Eh bien non. Rimbaud ne cherchait pas à écrire de « beaux » poèmes.
Ô saisons, ô châteaux,
Il n’était pas esthète.
C’était un visionnaire.
Indeed,
Quelle âme est sans défaut?
« Un jour, j’ai assis la beauté sur mes genoux, et je l’ai trouvée laide, et je l’ai insultée ».
Rimbaud ne cherchait pas à faire de « beaux » poèmes. Il cherchait à exprimer une idée, une sensation…
Ces 2 vers ouvrent le livre de d’ORMESSON, « au plaisir de Dieu », c’est le meilleur de ce livre.
Sans aller jusqu’à dire: « Quel texte est sans défauts? », ce n’est pas de Rimbaud le poème que je trouve le plus beau.