Let the dead bury their dead

Renée Vivien

Voici la nuit : je vais ensevelir mes morts,
Les songes, les désirs, les douceurs, les remords,
Tout le passé… Je vais ensevelir mes morts.

Je cacherai, parmi les sombres violettes,
Ton visage d’amie aux tendresses muettes,
Ô toi qui dors parmi les sombres violettes.

Je pleurerai l’étoile éteinte du regard…
Dans l’effort de la vie et les heurts du hasard,
Je pleurerai l’étoile éteinte du regard…

Je couvrirai d’encens, de roses et de roses,
La pâle chevelure et les paupières closes
D’un amour dont l’ardeur mourut parmi les roses.

Je sentirai monter vers moi l’odeur des morts,
Abolissant en moi les craintes, les remords,
Et m’apportant l’esprit indifférent des morts.

Je trouverai, sous les grappes de violettes,
Les sanglots apaisés et les larmes muettes,
Sous les fleurs de la mort, les sombres violettes…

Déjà, se rassérène au fond de mon regard
L’éternel crépuscule au sourire blafard :
Les couleurs cesseront d’offenser mon regard.

J’emporterai là-bas le souvenir des roses,
Et l’on effeuillera sur mes paupières closes
Les lilas et les lys, les roses et les roses.

Renée Vivien
Cendres et poussières, 1902

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Un commentaire sur “Let the dead bury their dead”

  1. Marie-Luise Reinhard

    dit :

    De quelle édition de ce texte s’agit-il? Je n’ai pas trouvé la sixième strophe dans celle de Lemerre (1902).
    Merci d’avance, Marie-Luise Reinhard

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