L’Etranger

Charles Baudelaire

— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
— Tes amis ?
— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
— Ta patrie ?
— J’ignore sous quelle latitude elle est située.
— La beauté ?
— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
— L’or ?
— Je le hais comme vous haïssez Dieu.
— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

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7 commentaires sur “L’Etranger”

  1. Hajdenko Marie-Claude

    dit :

    Je ne peux pas expliquer… mais ces nuages évoqués par Baudelaire ne manquent jamais de m’émouvoir aux larmes. Merci CB

  2. Job Sant’Anna

    dit :

    J’ai appris ce poème par coeur quand j’ai étudié en France, au Lycée Buffon. Je l’aime beaucoup. Mais avec mes quinze ans, je ne comprennais pas pourquoi il parlait de haïr Dieu. Aujourd’hui je ne haïs pas Dieu, mais moi aussi j’aime les nuages.

  3. Walkington A.M.

    dit :

    Ce soir des nuages noirs couraient dans le ciel de Wellington pour s’agglutiner à d’autres nuages encore plus noirs qui s’étaient amoncelés au dessus de l ocean; tout naturellement ce poème m’est revenu à la memoire. Comme tu vois C.B. 150 ans ont passé depuis que tu as écrit ce si simple et délicat poème et les merveilleux nuages passent toujours… la bas… la bas…

  4. Haendel

    dit :

    @Le Gnome, moi aussi ! Tu sais de quoi c’était fait ?

  5. Le Gnome

    dit :

    Ce poème m’a beaucoup touché quand j’étais enfant.

  6. Morpheus

    dit :

    Il faudrait un tableau fait de mots et de sons aux couleurs étrangères pour rendre justice à ce merveilleux poème.

    Respect
    Gratitude infinie
    Pour celui qui offre

  7. makhlouf KHELOUFI

    dit :

    Ce poeme m’a fait aimerles nuages. Les nuages printaniers en particulier. Je n’ai jamais, depuis ma première lecture de ce poème, regardé le ciel sans penser à ces merveilleux nuages . Y compris lorsqu’il n’y en a pas. poème sublime.

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