Les reparties de Nina

Arthur Rimbaud
Sebastian Abbo, Fluidité IV, 2025
Sebastian Abbo, Fluidité IV, 2025. Gravure édition limitée disponible chez Saatchi Art

LUI – Ta poitrine sur ma poitrine,
Hein ? nous irions,
Ayant de l’air plein la narine,
Aux frais rayons

Du bon matin bleu, qui vous baigne
Du vin de jour ?…
Quand tout le bois frissonnant saigne
Muet d’amour

De chaque branche, gouttes vertes,
Des bourgeons clairs,
On sent dans les choses ouvertes
Frémir des chairs :

Tu plongerais dans la luzerne
Ton blanc peignoir,
Rosant à l’air ce bleu qui cerne
Ton grand oeil noir,

Amoureuse de la campagne,
Semant partout,
Comme une mousse de champagne,
Ton rire fou :

Riant à moi, brutal d’ivresse,
Qui te prendrais
Comme cela, – la belle tresse,
Oh ! – qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise,
O chair de fleur !
Riant au vent vif qui te baise
Comme un voleur ;

Au rose, églantier qui t’embête
Aimablement :
Riant surtout, ô folle tête,
À ton amant !….

………………………………………………..

– Ta poitrine sur ma poitrine,
Mêlant nos voix,
Lents, nous gagnerions la ravine,
Puis les grands bois !…

Puis, comme une petite morte,
Le coeur pâmé,
Tu me dirais que je te porte,
L’oeil mi-fermé…

Je te porterais, palpitante,
Dans le sentier :
L’oiseau filerait son andante
Au Noisetier…

Je te parlerais dans ta bouche..
J’irais, pressant
Ton corps, comme une enfant qu’on couche,
Ivre du sang

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche
Aux tons rosés :
Et te parlant la langue franche – …..
Tiens !… – que tu sais…

Nos grands bois sentiraient la sève,
Et le soleil
Sablerait d’or fin leur grand rêve
Vert et vermeil

………………………………………………..

Le soir ?… Nous reprendrons la route
Blanche qui court
Flânant, comme un troupeau qui broute,
Tout à l’entour

Les bons vergers à l’herbe bleue,
Aux pommiers tors !
Comme on les sent tout une lieue
Leurs parfums forts !

Nous regagnerons le village
Au ciel mi-noir ;
Et ça sentira le laitage
Dans l’air du soir ;

Ca sentira l’étable, pleine
De fumiers chauds,
Pleine d’un lent rythme d’haleine,
Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière ;
Et, tout là-bas,
Une vache fientera, fière,
À chaque pas…

– Les lunettes de la grand-mère
Et son nez long
Dans son missel ; le pot de bière
Cerclé de plomb,

Moussant entre les larges pipes
Qui, crânement,
Fument : les effroyables lippes
Qui, tout fumant,

Happent le jambon aux fourchettes
Tant, tant et plus :
Le feu qui claire les couchettes
Et les bahuts :

Les fesses luisantes et grasses
Du gros enfant
Qui fourre, à genoux, dans les tasses,
Son museau blanc

Frôlé par un mufle qui gronde
D’un ton gentil,
Et pourlèche la face ronde
Du cher petit…..

Que de choses verrons-nous, chère,
Dans ces taudis,
Quand la flamme illumine, claire,
Les carreaux gris !…

– Puis, petite et toute nichée,
Dans les lilas
Noirs et frais : la vitre cachée,
Qui rit là-bas….

Tu viendras, tu viendras, je t’aime !
Ce sera beau.
Tu viendras, n’est-ce pas, et même…

Elle – Et mon bureau ?

Arthur Rimbaud, Poésies

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7 commentaires sur “Les reparties de Nina”

  1. Pepito Bussolini

    dit :

    Ne me remercie surtout pas Clolinda :

    Les “réparties de Nina” est un poème de Arthur Rimbaud, écrit dans sa jeunesse. Ce texte est intéressant parce qu’il met en scène un dialogue amoureux… mais complètement déséquilibré.

    Une parole libre et vive

    Les répliques de Nina sont spontanées, naturelles, presque insolentes. Elle ne répond pas comme une muse idéalisée : elle coupe, détourne, banalise.

    Contrairement à la tradition romantique où la femme est silencieuse ou idéalisée, Nina « parle beaucoup » et « prend le contrôle du dialogue ».

    Un contraste ironique avec le lyrisme amoureux

    Le poète (le “je”) adopte un ton lyrique, rêveur, presque excessif dans son amour.
    Mais Nina, elle, répond avec légèreté, parfois indifférence.

    Résultat : un décalage comique et un peu cruel. Les grandes déclarations tombent à plat face à ses réponses simples ou terre-à-terre.

    Une forme de démystification de l’amour

    Les réparties de Nina cassent l’idéal romantique :

    * elle ne joue pas le jeu de la passion
    * elle ramène tout à quelque chose de concret
    * elle semble libre, insaisissable

    Rimbaud montre ici un amour « non partagé ou mal accordé », où le langage lui-même devient un terrain de malentendu.

    Une modernité frappante

    Ce qui est étonnant, c’est à quel point Nina paraît moderne :

    * elle affirme sa personnalité
    * elle ne se laisse pas enfermer dans un rôle
    * elle répond avec naturel, parfois humour

    On peut presque y voir une critique précoce des clichés amoureux.

    En résumé

    Les réparties de Nina sont :

    * vives et naturelles
    * décalées par rapport au lyrisme du poète
    * ironiques, parfois désarmantes
    * porteuses d’une vision moderne de la femme

    Elles donnent au poème un ton à la fois léger et profondément critique de l’amour idéalisé.

  2. Logique-enfait

    dit :

    Sachant que Clolinda a écrit son commentaire en 2018, il est fort probable qu’elle ait déjà terminé son travail. Inutile de lui répondre en commentaire.

  3. MerlinLenChoufleur

    dit :

    Poème qui, ma foi, est surprenant

  4. Dénonceur2Gitan

    dit :

    Clolinda, le poème est fait par Rimbaud

  5. Mangeur 2 pets puants

    dit :

    Je pense que c’était un peu tard pour lui répondre.

    Enfin on rigole on rigole, mais moi j’ai un énorme travail à faire sur tous ces poèmes, et je dois dire « en quoi ces poèmes montrent-ils qu’il y a une émancipation chez l’auteur ?  » 🙁

  6. Je suscite l’air

    dit :

    Eh Clolinda, Le poème décrit une scène d’amour!

  7. Clolinda

    dit :

    Je dois faire une présentation de ce poème et je dois faire une présentation de la forme mais aussi du sujet du poème. Est-ce quelqu’un pourrait m’aider ?

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