Au Cabaret Vert, cinq heures du soir

Arthur Rimbaud

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

– Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai

Imprimer ce poème

19 commentaires sur “Au Cabaret Vert, cinq heures du soir”

  1. René VANDROMME

    dit :

    René, c’est là, un poème que j’aime énormément. Je l’avais perdu de vue, mais heureusement je le retrouve ce soir à 22h34 et j’aurai grand plaisir à le réciter à mes amis Belges demain midi.

  2. Martine

    dit :

    Ouais, dans ses premiers poèmes, comme celui-ci, on comprends encore facilement tant sensoriellement que mentalement ce que Rimbaud cherche à nous faire partager de son expérience ou de son observation (comme dans l’histoire du vagabond de « La Bohème » ou dans le « Trou de verdure » où les deux trous rouges c’est l’impact des balles qui fait qu’on s’aperçoit en observant mieux que le soldat ne dort pas ; il est mort! Maurice)… dans les poèmes plus tardifs, par contre, comme « Le Bateau ivre » … accroche-toi! 😉

  3. Max

    dit :

    Génial

  4. Claude

    dit :

    One of my all-time favorite French poems. So immediate. And vivid. Atmospheric.

  5. Amandine Migneret-Rabot

    dit :

    Je l’ai eu à l’oral du capes de lettres. Très beau texte, merci Rimbaud !

  6. paul

    dit :

    C’est joli! Je l’ai eu au bac en 1982 – oral 🙂 Bon souvenir!

  7. ernst blues

    dit :

    Ceausu maurice Pour répondre a ta question par rapport au fait que tu penses qu’il mange deux fois du jambon, je te répondrai seulement qu’il commence par demander ce jambon dans la première strophe et quelle lui apporte dans la troisième. Tout simplement 🙂

  8. Jean-Pierre GIOVANNI

    dit :

    Il joue avec les couleurs (le cabaret vert, la table verte, le jambon rose et blanc, le plat colorié, l’or du soleil) et les parfums (le parfum d’une gousse d’ail) On dirait une oeuvre de peinture impressionniste : sujets très naïfs de la tapisserie, mousse « dorée » par un dernier rayon du soleil. Fugacité omniprésente. Quelle art !

  9. ceausu maurice

    dit :

    J’ai lu un tas de choses sur ce poème mais rien qui me fasse comprendre POURQUOI l’on passe 1- des tartines de beurre et du jambon qui fût à moitié froid à 2- des tartines de beurre et du jambon tiède dans un plat colorié… Et j’en conclus que l’étape 1 est bien réelle, et que l’étape 2 est imaginative, contemplative et digestive après qu’il « eût allongé ses jambes et contemplé la tapisserie ». Il pénètre dans la tapisserie et refait le décors par la vagabonderie rêveuse. Toute la force de la poésie qui rebâtit l’univers… Sinon le gamin il a mangé 2 fois du jambon ! Mangeaille, boisson et érotisme éclairés par un « rayon de soleil ». Aussi fort que « c’est un trou de verdure… il a 2 trous rouges au côté droit » ! Moi c’est ma version qu’en pensez-vous ? Merci de votre aide.

  10. Jade

    dit :

    C’est quand qu’il a était crée ce poème s’il vout plait.

  11. Jean Masini

    dit :

    Malgré la simplicité du langage épuré, la progression de la sensation, que suscite une énumération superbement agencée,vers un final qui débouche sans qu’on puisse expliquer pourquoi, sur une situation dont le provisoire inquiète sourdement. Du très, très grand art.

  12. Luc Gosselin

    dit :

    La grande beauté alliée à la simplicité de ces vers nous rapprochent de ceux de Rêvé pour l’hiver (« L’hiver nous irons dans de petits wagons roses… ») et de Ma bohème (« Je m’en allais dans mes poches crevées… ») du même Rimbaud. Ah cher Arthur, quel génie tu fus de nous rappeler l’immense bonheur du temps qu’il nous est donné de vivre en ce monde « qui est parfois si joli » ( Prévert) .

  13. Muradieu Joseph

    dit :

    La poésie, ce n’est pas pour pour les juges, ni les puceaux. C’est l’expression de la liberté

  14. Yuyu

    dit :

    N’y a t il que moi qui voit une magnifique métaphore sexuelle à la dernière strophe ? Venant de notre subtil Rimbaud, elle ne me surprends guerre.

  15. leon

    dit :

    J’aime ce poème !

  16. leon

    dit :

    bon poème, je l’aime bien

  17. Juliette

    dit :

    La simplicité est toujours reine. N’y a t il pas une belle leçon de chose a tiré de ce poème ? Il me semble que si, à l’image du Pain de Francis PONGE, RIMBAUD sort de sa banalité une simple halte dans une auberge pour laisser savourer au lecteur tout le plaisir qui réside dans le fait de se reposer. En cela est le talent, faire de rien un tout.

  18. lou-anne

    dit :

    ça m’aide pas vraiment !!!! 🙁

  19. tom

    dit :

    un peu pervert quand meme

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *