Madrigal

Pierre de Ronsard

Si c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit :

Si c’est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi même et d’être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m’en voir éconduit :

Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moi même,
Cacher d’un front joyeux, une langueur extrême,
Sentir au fond de l’âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :

Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
Si cela est aimer : furieux je vous aime :
Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.

Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578

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4 commentaires sur “Madrigal”

  1. Picsou

    dit :

    Quel magnifique poème de Ronsard. J’adore vraiment !

  2. Martin Rickebush

    dit :

    J’aime ce texte…

  3. Julianne

    dit :

    J’adore

  4. Louis Josué

    dit :

    Ronsard toujours aussi magnifique dans ces déclarations…

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