Le Coeur supplicié

Arthur Rimbaud

Mon triste cœur bave à la poupe …
Mon cœur est plein de caporal!
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste cœur bave à la poupe…
Sous les quolibets de la troupe
Qui lance un rire général,
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur est plein de caporal!

Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé;
À la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques;
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé!
Ithyphalliques et pioupiesques,
Leurs insultes l’ont dépravé.

Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques!
J’aurai des sursauts stomachiques
Si mon cœur triste est ravalé!
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé?

Arthur Rimbaud, 1871

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5 commentaires sur “Le Coeur supplicié”

  1. Magali Rocher

    dit :

    Eh bien moi je ne vois rien de sexuel là-dedans et s’il dit « coeur » et non pas « cul », c’est bien pour une bonne raison.

    Ce n’est pas non plus la perte des illusions à mon sens, je ne crois pas que Rimbaud était vraiment du genre à s’en faire. Mais c’est la confrontation avec la réalité de ce qu’il pressentait. En revanche. Ce sont surtout les rires et les quolibets son problème.

    Paradoxe pourtant : il lance son coeur dans la mêlée, que quelqu’un le sauve. Au milieu de tous ces « phallus » alors, certes, mais à aucun moment on ne comprend qu’il a été violé. Oublions, oubliez ce que vous savez de sa vie, moi je n’en sais rien. La poésie va au-delà des faits.

  2. Le Guen de Kerneizon Michel

    dit :

    Je crois qu’on aurait tort, comme toujours, de réduire un poème ou une œuvre d’art, à un contexte descriptif et historique. La portée du poème est beaucoup plus large… « mes vers on le sens qu’on leur prête, celui que je leur donne ne s’ajuste qu’à moi et n’est opposable à personne » dira Paul Valéry. A l’évidence, ici, il s’agit d’un désenchantement ; Rimbaud, 17 ans, monte à Paris, lourd des illusions de sa jeunesse et des perspectives de libération qui lui offrent le désordre et la licence du temps.

    Réduire cela à une expérience sexuelle est abusif, peut-être plausible, mais insuffisant. Je proposerais de l’ouvrir : « Comment survivre à l perte des illusions naïves de l’adolescence » Tout homme, toute femme, vit cette expérience de la ruine des illusions. Y a-t-il un devenir pour celui ou celle qui a tout perdu ?

  3. Jacques

    dit :

    Pour bien le comprendre il suffit de remplacer Coeur par cul…

  4. Herrera

    dit :

    Rimbaud raconte ici son viol

  5. gilles

    dit :

    Ce poème a plusieurs versions. Le titre peut être le coeur volé (ou le pitre). Leurs quolibets l’ont dépravé au lieu de leurs insultes. Abracadabrantesques et pioupiesques sont de superbes inventions de Rimbaud s’alliant merveilleusement avec le contexte du poème.

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