La mort, l’amour, la vie


J’ai cru pouvoir briser la profondeur de l’immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m’a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J’avais éliminé le glaçon des mains jointes
J’avais éliminé l’hivernale ossature
Du voeu de vivre qui s’annule

Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.

Les champs sont labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une houle énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n’est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Les hommes sont faits pour s’entendre
Pour se comprendre pour s’aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.

Paul Eluard

12 commentaires sur “La mort, l’amour, la vie”

  1. SOCHOEDO Theodore a dit :

    22 nov 14 à 7:44

    Oublions la mort et vivons pleinement notre vie avec amour !

  2. sabrina a dit :

    21 sept 14 à 22:45

    La mort n’est qu’un passage vers une autre vie qui sera peut être meilleur. Je n’ai pas peur de la mort, mais de la vie que je mène.

  3. liyanna a dit :

    19 juin 14 à 23:17

    c’est talentueux, et je suis d’accord avec la morale

  4. boulaire le vaillant yannick a dit :

    02 juin 14 à 7:27

    pour bien mourir , il nous faut très bien vivre

  5. fraté (yen a assez) a dit :

    18 mai 14 à 15:38

    Ce poème est sublime ! oublier la mort et trouver l’amour pour s’ouvrir à la vie et la voir du bon côté

  6. adnycar a dit :

    31 mar 14 à 11:46

    j’aime ce poème beaucoup

  7. El Madasco WatiCoul a dit :

    26 fév 14 à 19:48

    Il faut oublier la mort, profitez de l’amour tant que tu vie…

  8. seepeur zool-seep a dit :

    24 oct 13 à 14:51

    Alors moi je pense qu’il faut vivre sa vie comme l’on veut sans ce compliquer la tâche.

  9. sinification a dit :

    14 oct 13 à 16:01

    La vie et la mort sans deux choses pareilles après tout !

  10. Fousseyni N’diaye a dit :

    26 juil 13 à 18:01

    Accepter ce que la vie nous reserve

  11. thierry a dit :

    12 juin 13 à 12:44

    ne pas penser à la mort,consommer l’amour et vivre pleinement sa vie

  12. manik a dit :

    18 jan 13 à 11:49

    trop beau


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