Vieilles Amorettes

Jean Richepin

Aux prés de l’enfance on cueille
Les petites amourettes,
Qu’on jette au vent feuille à feuille
Ainsi que des pâquerettes.

On cueille dans ces prairies
Les voisines, les cousines,
Les amourettes fleuries
Et qui n’ont pas de racines.

Ô douce gerbe liée
Avec des rubans d’aurores.
Fraîche rosée oubliée,
Me parfumez-vous encore ?

Hélas ! bouquets éphémères,
Depuis cette heure lointaine
Combien de larmes amères
Ont coulé dans ma fontaine !

Des choses se sont passées
Qui m’ont changé ma jeunesse
Beaucoup trop, ô trépassées,
Pour que je vous reconnaisse.

Le dur amour qui ravage
Dans mon cœur a pris racines,
Comme un grand rosier sauvage
Aux épines assassines.

Qu’êtes-vous près de ces roses
Sanglantes, éblouissantes,
Ô pâquerettes écloses
Dans les prés aux vertes sentes ?

Qu’est votre parfum qui rôde
Évaporé dans la brise,
Près de l’odeur âcre et chaude
Qui me pénètre et me grise ?

Ô mignonnes marguerites,
Enfantines amourettes,
Hélas ! mes pauvres petites,
Je ne sais plus qui vous êtes.

Dans de vagues mausolées,
Enfants blondes, rousses, brunes,
Pour moi vous dormez voilées
Au pays des vieilles lunes.

Jean Richepin, Les Caresses, 1877

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3 commentaires sur “Vieilles Amorettes”

  1. Jean-Othniel

    dit :

    Le poète parle ici de la nocivité du temps sur le poète

  2. franciné jean

    dit :

    Chose sérieuse messiers

  3. ODAH

    dit :

    Très intéressant.

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