C’est

Guillaume Apollinaire

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
Cette réalité seule, elle seule, et rien d’autre
Mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le
redit
À chaque battement
Toutes les autres images du monde sont fausses
Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
Souterrain
Ô vie qui aspire le soleil matinal
Cet univers singulièrement orné d’artifices
N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
Comme on pouvait l’étudier autrefois
À Tolède
Où fut l’école diabolique la plus illustre !
Et moi j’ai sur moi un univers plus précis, plus certain
Fait à ton image

Courmelois, le 23 juin 1915

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou

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