L’épave

Antoine Livic

« Je suis tel qu’un ponton sans vergues et sans mâts,
Aventureux débris des trombes tropicales,…
 » (Léon Dierx)

Une silhouette grise émerge de la brume
Qui couvre le rivage dans les lueurs du matin.
Brûlé par le soleil, lavé par le crachin.
C’est un ancien voilier, mal blanchi par l’écume.

Endormi sur la grève il attend le grand flot.
Un lit de goémon, est sa pauvre paillasse.
Quand le vent de noroît fait gémir sa carcasse
Il pleure par ses blessures, on entend ses sanglots.

Les jours de grande marée, fiévreux, il se relève,
Il va appareiller ! Cette illusion est brève,
Il tire sur sa chaîne mais reste prisonnier.

Par son flanc déchiré il montre ses membrures
Et dresse vers le ciel muet, qu’il paraît supplier,
Deux vieux bois décharnés, restes de sa mâture.

Antoine Livic, Chants d’écume suivi de fleurs fanées, 2017

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