Le temps nous fuit

Antoine Livic

« Le temps s’en va, le temps s’en va, ma dame
Las ! Le temps, non, mais nous nous en allons,
 » (Ronsard)

Aurore puis crépuscule, chaque jour se renouvelle.
Sans cesse la vie nous fuit, année après saison
Le temps passe puis efface paroles et chanson
Dont il ne reste plus qu’une rengaine immortelle.

La jeunesse insolente éclate dans le soleil,
Croque les fruits acides et en mai les cerises
Riant à pleines dents, en dansant ta promise
T’entraîne avec elle vers les étés vermeils.

Les passions t’emportent en leurs brûlants orages
Quand les corps exultent aux chaleurs de juillet
S’embrasent, meurent et renaissent comme des feux follets
Et puis enfin s’apaisent en laissant leurs ravages.

Septembre vient y jeter ses voiles de damas
Flamboyant dans ses ors et ses pulpes mûries
Raniment les derniers feux des amours assoupies
Aux Toussaints frissonnantes où les premiers frimas

Mettent leurs fils d’argent aux brunes chevelures
Puis les premières neiges viendront comme un linceul
Blanchir le noir hiver où nous resterons seuls
Jusqu’à l’heure de descendre vers les grottes obscures.

Antoine Livic, Chants d’écume suivi de Fleurs fanées, 2017

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