Let the dead burry their dead

Renée Vivien

Voici la nuit : je vais ensevelir mes morts,
Mes songes, mes désirs, mes douleurs, mes remords,
Tout le passé… je vais ensevelir mes morts.

J’ensevelis, parmi les sombres violettes,
Tes yeux, tes mains, ton front et tes lèvres muettes,
Ô toi qui dors parmi les sombres violettes !

J’emporte cet éclair dernier de ton regard…
Dans le choc de la vie et le heurt du hasard,
J’emporte ainsi la paix de ton dernier regard.

Je couvrirai d’encens, de roses et de roses,
La pâle chevelure et les paupières closes
D’un amour dont l’ardeur mourut parmi les roses.

Que s’élève vers moi l’âme froide des morts,
Abolissant en moi les craintes, les remords,
Et m’apportant la paix souriante des morts !

Que j’obtienne, dans un grand lit de violettes,
Cette immuable paix d’éternités muettes
Où meurt jusqu’à l’odeur des douces violettes !

Que se reflète, au fond de mon calme regard,
Un vaste crépuscule immobile et blafard !
Que diminue enfin l’ardeur de mon regard !

Mais que j’emporte aussi le souvenir des roses,
Lorsqu’on viendra poser sur mes paupières closes
Les lotus et les lys, les roses et les roses !

Renée Vivien, Cendres et poussières

Imprimer ce poème

Un commentaire sur “Let the dead burry their dead”

  1. Marie-Luise Reinhard

    dit :

    De quelle édition de ce texte s’agit-il? Je n’ai pas trouvé la sixième strophe dans celle de Lemerre (1902).
    Merci d’avance, Marie-Luise Reinhard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *