L’Ennemi

Charles Baudelaire

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

– Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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4 commentaires sur “L’Ennemi”

  1. lalta

    dit :

    Tellement bien écris, et puis c’est un tableau peint..

    Et dire que plus jeune, je n’aimais pas ce poème, trop compliqué. Le temps n’est finalement pas seulement un ennemi..

  2. Aicha

    dit :

    Beau poème qui me fascine tant. Baudelaire est un grand poète.

  3. aby

    dit :

    Tellement beau…

  4. viallo

    dit :

    Excellent poème, un grand art, de belles phrases, la beauté à l’état pur !

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