La beauté

Charles Baudelaire

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Car j’ai pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles Baudelaire, les Fleurs du mal

6 commentaires sur “La beauté”

  1. Mohamed El Jerroudi

    dit :

    Beau poème…

  2. JJ Lauvernier

    dit :

    Léo Ferré à mis en musique ce poème ; trés belle mise en valeur

  3. BONEZIA

    dit :

    L’idéalisation de la Beauté platonique inspirée de Madame De Sabatier.
    Cette Muse incarnerait-elle le Divin tandis que Jeanne la mulâtresse sublimerait le Mal ?

  4. Jean-Jaque

    dit :

    Ce poème est magnifique, je suis touché par ces paroles.

  5. eipos

    dit :

    beau poème

  6. Elisa

    dit :

    Bonjour, je fais une anthologie de la Poésie sur « La femme » et je dois faire des lectures analytiques des poèmes sauf que je ne suis pas très douée… J’ai sélectionné ce poème. Pourriez-vous m’aider ? Merci !

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