Les Pierres saillantes (poème IV)

Thibault Desbordes

21 octobre 2016

« Et souviens-toi ; le monde est à toi, le monde est à nous ! »
— Seb, un alcoolique de Charleville-Mézières, 2 juillet 2016

 

J’étais parti
libre et sauvage, vers un pays
Qui me semble être un mirage, aujourd’hui

Mais non non
Je n’avais pas peur

Sous le ciel entre les routes
J’y avais fait ma pénitence
D’adolescent bourgeois
Encore lycéen
Je m’étais trouvé, là
En n’étant rien

Mais non non
Je n’avais pas peur

Et je sentais glisser les heures
Rouler les pierres des sentiers
Qui n’existent pas que sur les poèmes
Vous saviez ?

J’étais tout seul
J’étais là-bas
J’étais parti sans fil
À dix-sept ans
Loin de chez moi

Mais non non
Je n’avais pas peur

Parce que j’avais au cœur
De n’être né de rien
Dans l’ouest embourgeoisé
Hypocrite et chrétien

J’avais au cœur d’avoir
Tout renversé :
Ma pépite, ma faillite et mon blé
J’avais au cœur Rimbaud
Entre Charleville et Givet
Sans retour ni papiers
Et criais dans le mois de juillet

Que c’était saoul
Que d’être libre
Oui je criais
Dans l’air qui vibre

Si différent de cette fille
Jeune fille de mon âge
Ou plutôt à côté
Qui promenait son chien sur la Meuse
Qui m’a regardé
Encore à côté
Obtuse, effrayée

Mais non non
Je n’avais pas peur

Thibault Desbordes

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