Après la bombe

William Braumann

Sur le tapis roulant de l’aérogare désaffecté
Des valises oubliées tournent sans fin
Dans les rayons clandestins
D’une lumière hébétée

Des squelettes livrés à eux-mêmes
Se sourient comme ils peuvent
Pour tenter de faire peau neuve
Sur le carrelage froid de leurs mâchoires brisées

Plus un chien policier sur la piste
D’un quelconque atterrissage

Derrière les fenêtres poussiéreuses
De la salle d’attente de l’ancien terminal
Subsiste Jack l’animal,
Le grand avion cargo à l’haleine boueuse

Échoué comme un cygne de plomb
À la carcasse éventrée,
Le vieux squale édenté
Rêve de marais salants

L’aéroport Hartsfield-Jackson,
Prince des airs
Né il y a longtemps déjà
De l’éclatant sourire révolutionnaire
Du tout premier maire
Afro-américain d’Atlanta,
Se souvient de ses heures graciles

De ce temps où les hommes rêvaient encore
En couleur,
Quand la fraternité avait le regard perçant,
C’était avant
La triste pause
Avant
Que la bombe n’explose.

William Braumann

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