Décembre

Emile Verhaeren

(Les hôtes)

– Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
je frappe au seuil et à l’auvent,
ouvrez, les gens, je suis le vent,
qui s’habille de feuilles mortes.

– Entrez, monsieur, entrez, le vent,
voici pour vous la cheminée
et sa niche badigeonnée ;
entrez chez nous, monsieur le vent.

– Ouvrez, les gens, je suis la pluie,
je suis la veuve en robe grise
dont la trame s’indéfinise,
dans un brouillard couleur de suie.

– Entrez, la veuve, entrez chez nous,
entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide
s’ouvrent pour vous loger chez nous.

– Levez, les gens, la barre en fer,
ouvrez, les gens, je suis la neige,
mon manteau blanc se désagrège
sur les routes du vieil hiver.

– Entrez, la neige, entrez, la dame,
avec vos pétales de lys
et semez-les par le taudis
jusque dans l’âtre où vit la flamme.

Car nous sommes les gens inquiétants
qui habitent le Nord des régions désertes,
qui vous aimons – dites, depuis quels temps ? –
pour les peines que nous avons par vous souffertes.

Emile Verhaeren

5 commentaires sur “Décembre”

  1. piano

    dit :

    J’ai adoré, c’est un grand maître de la poésie belge, que ton œuvre vive pour toujours.

  2. Amira Landolsi

    dit :

    J’adore cette poésie! Car il y a beaucoup de sentiments! Et… je les recherchais sur Internet, pour l’apprendre. Car j’ai oublié mon cahier pour l’apprendre! Et je trouve que la maitresse a fait un bon choix de la choisir! Bravo maitresse! Et Emile Verearen, j’adore la poésie que tu as composé ! (Pour le nom de l’auteur… Je crois que je me suis trompée :/ ) Et les sentiments que j’ai reconnus dans cette poésie sont : l’amour, la sensibilité, la tristesse ! Et peut-être d’autres sentiments que j’ai oubliés! Mais merci encore, Emile 😉

  3. Kalité

    dit :

    Quelle finesse de retranscrire l’émotion due à ce qu’il voit par la simplicité. C’est un homme qui ressent le plaisir et la douleur qui ne saurait quoi retrancher. Avec un banal mot rempli on peut dire plus de chose qu’avec un discours de mots complexes. Ce poème rejoint la tempête de Jules Verne.

  4. roland

    dit :

    J’aime beaucoup ce poème.

  5. Jean-Paul Blanc

    dit :

    qu’il fait bon vivre ! Mélange de maux et de bonheur.

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