Décembre


(Les hôtes)

- Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
je frappe au seuil et à l’auvent,
ouvrez, les gens, je suis le vent,
qui s’habille de feuilles mortes.

- Entrez, monsieur, entrez, le vent,
voici pour vous la cheminée
et sa niche badigeonnée ;
entrez chez nous, monsieur le vent.

- Ouvrez, les gens, je suis la pluie,
je suis la veuve en robe grise
dont la trame s’indéfinise,
dans un brouillard couleur de suie.

- Entrez, la veuve, entrez chez nous,
entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide
s’ouvrent pour vous loger chez nous.

- Levez, les gens, la barre en fer,
ouvrez, les gens, je suis la neige,
mon manteau blanc se désagrège
sur les routes du vieil hiver.

- Entrez, la neige, entrez, la dame,
avec vos pétales de lys
et semez-les par le taudis
jusque dans l’âtre où vit la flamme.

Car nous sommes les gens inquiétants
qui habitent le Nord des régions désertes,
qui vous aimons - dites, depuis quels temps ? -
pour les peines que nous avons par vous souffertes.

Emile Verhaeren

3 commentaires sur “Décembre”

  1. Kalité a dit :

    20 mai 15 à 23:10

    Quelle finesse de retranscrire l’émotion due à ce qu’il voit par la simplicité. C’est un homme qui ressent le plaisir et la douleur qui ne saurait quoi retrancher. Avec un banal mot rempli on peut dire plus de chose qu’avec un discours de mots complexes. Ce poème rejoint la tempête de Jules Verne.

  2. roland a dit :

    09 juin 13 à 22:25

    j’aime beaucoup ce poème

  3. Jean-Paul Blanc a dit :

    23 déc 10 à 22:52

    qu’il fait bon vivre ! Mélange de maux et de bonheur.


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