L’heure verte

Charles Cros

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

Charles Cros, Le coffret de santal

Un commentaire sur “L’heure verte”

  1. Sylvain FOULQUIER

    dit :

    L’un des plus beaux poèmes de Charles Cros. L’ivresse due à l’absinthe s’accompagne de l’ivresse provoquée par le désir érotique et la débauche… « L’heure verte » est un petit bijou et Charles Cros est à mon sens un poète injustement méconnu (pour ma part, je le trouve plus intéressant que Lamartine, Byron, Ronsard, Whitman etc…).

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