Pensées

Esther Granek

Pourquoi s’agitent-ils tellement
ceux qui se lèvent avec le jour
et se battent contre le temps
dans un dialogue de sourds ?
Bientôt ils seront oubliés
et leurs noms à peine prononcés
par les enfants de leurs enfants
et tous ceux qui en seront nés.
Brillez donc, folles étincelles !
Seule la mort est éternelle…

Qu’as-tu à vouloir t’affirmer
alors que le doute est en toi
et qu’il t’habite en tapinois
comme une mauvaise vérité ?
Car même si tu es honoré
et qu’on récite tes pensées
jusqu’aux enfants de tes enfants
et à ceux qui en seront nés,
ce ne sera qu’une étincelle !
Seule la mort est éternelle…

Et qu’est-ce qu’on rêve de trouver
au-delà des années-lumière
ou dans le ténu des matières ?
On n’y verra qu’obscurité.
On se découvrira ignare
grandissant avec le savoir…
Et ainsi feront nos enfants,
et les enfants encore à naître,
répétant être ou ne pas être.
Et toujours Gros-Jean comme devant…

Et s’il me plaît, moi, que la terre
soit le centre de l’univers
où chacun peut chanter pour soi :
 » Le centre de la terre, c’est moi ! « 
Je veux croire que la vie est belle.
Je m’fiche qu’elle ne soit qu’étincelles !
Je suis enfant de mes enfants.
Je suis tous les enfants à naître !
Et quand le bonheur va paraître,
Je vais y mordre à pleines dents !

Esther Granek, Portraits et chansons sans retouches, 1976

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Un commentaire sur “Pensées”

  1. Dorinda

    dit :

    Un seul mot pour décrire ce poème: SUPERBE.
    ça commence avec une question, qui nous rend un peu morose et qui nous fait réfléchir sur le sens de la vie, sur son but, et ça fini avec une affirmation, comme si la poète était au fil de ses vers, devenue de plus en plus sûre d’elle, et nous avec.

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