Au Cabaret Vert, cinq heures du soir

Arthur Rimbaud

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

– Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai

Imprimer ce poème

9 commentaires sur “Au Cabaret Vert, cinq heures du soir”

  1. Jean Masini

    dit :

    Malgré la simplicité du langage épuré, la progression de la sensation, que suscite une énumération superbement agencée,vers un final qui débouche sans qu’on puisse expliquer pourquoi, sur une situation dont le provisoire inquiète sourdement. Du très, très grand art.

  2. Luc Gosselin

    dit :

    La grande beauté alliée à la simplicité de ces vers nous rapprochent de ceux de Rêvé pour l’hiver (« L’hiver nous irons dans de petits wagons roses… ») et de Ma bohème (« Je m’en allais dans mes poches crevées… ») du même Rimbaud. Ah cher Arthur, quel génie tu fus de nous rappeler l’immense bonheur du temps qu’il nous est donné de vivre en ce monde « qui est parfois si joli » ( Prévert) .

  3. Muradieu Joseph

    dit :

    La poésie, ce n’est pas pour pour les juges, ni les puceaux. C’est l’expression de la liberté

  4. Yuyu

    dit :

    N’y a t il que moi qui voit une magnifique métaphore sexuelle à la dernière strophe ? Venant de notre subtil Rimbaud, elle ne me surprends guerre.

  5. leon

    dit :

    J’aime ce poème !

  6. leon

    dit :

    bon poème, je l’aime bien

  7. Juliette

    dit :

    La simplicité est toujours reine. N’y a t il pas une belle leçon de chose a tiré de ce poème ? Il me semble que si, à l’image du Pain de Francis PONGE, RIMBAUD sort de sa banalité une simple halte dans une auberge pour laisser savourer au lecteur tout le plaisir qui réside dans le fait de se reposer. En cela est le talent, faire de rien un tout.

  8. lou-anne

    dit :

    ça m’aide pas vraiment !!!! 🙁

  9. tom

    dit :

    un peu pervert quand meme

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *