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	<title>Poetica.fr</title>
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	<description>Poésie, poèmes et poètes</description>
	<pubDate>Mon, 07 May 2012 09:53:02 +0000</pubDate>
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	<language>en</language>
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		<title>L&#8217;idylle dorée</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Mar 2012 19:10:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nérée Beauchemin]]></category>

		<category><![CDATA[Religion]]></category>

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		<description><![CDATA[Au vent joyeux de la bonne nouvelle
L’étable s’ouvre; et sa merveille est telle
Que les naïfs bergers en sont troublés.
Illuminant la crèche sombre encore,
L’Enfant paraît en un orbe d’aurore,
Plus blond que l’or des méteils et des blés.
Tout reluit sous l’humble chaume en ruine;
Tout y rutile. Ô nuits de Palestine,
De vos ciels d’aube pâle, est-ce un reflet?
Lune [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au vent joyeux de la bonne nouvelle<br />
L’étable s’ouvre; et sa merveille est telle<br />
Que les naïfs bergers en sont troublés.</p>
<p>Illuminant la crèche sombre encore,<br />
L’Enfant paraît en un orbe d’aurore,<br />
Plus blond que l’or des méteils et des blés.</p>
<p>Tout reluit sous l’humble chaume en ruine;<br />
Tout y rutile. Ô nuits de Palestine,<br />
De vos ciels d’aube pâle, est-ce un reflet?</p>
<p>Lune magique, est-ce ton sortilège?<br />
Est-ce l’éclat de ta blancheur de neige?<br />
Est-ce ton charme, ô bel enfantelet?</p>
<p>Un homme est là, grave comme en un temple;<br />
Hiératique, il admire, il contemple,<br />
Ne sachant plus que bénir à genoux.</p>
<p>Dans son long voile et dans sa blanche robe,<br />
Pudique et belle, aux regards se dérobe<br />
Une humble femme au profil triste et doux.</p>
<p>Couple candide, ils restent sans parole,<br />
Le front ceint d’une opaline auréole,<br />
Navrés d’amour et de ravissement.</p>
<p>Le père exulte, et la mère soupire;<br />
Tendre, elle fait effort pour lui sourire,<br />
Mais son sourire expire tristement.</p>
<p>Elle, la Sainte, elle, l’Immaculée,<br />
Oh! comme elle est confuse, émerveillée,<br />
Toute à son rêve et toute à son affront.</p>
<p>Elle se voit dans une bergerie,<br />
Et, pour son Christ, non pour elle, Marie<br />
Pleure, le glaive au coeur, l’épine au front.</p>
<p>Le nouveau-né, demi-nu, que l’haleine<br />
Du boeuf et de l’âne réchauffe à peine,<br />
Tout frêle et tout mignon, tremble et vagit.</p>
<p>La plus modeste entre toutes les mères<br />
Se meurt de honte, et le sang de ses pères<br />
Comme une pourpre à sa tempe rougit.</p>
<p>Dans ce réduit de misère, les anges,<br />
Venus du ciel, modulent les louanges<br />
Du gracieux petit roi de Sion.</p>
<p>L’oreille entend la harpe qui console,<br />
La tendre lyre et la tendre viole,<br />
Et le théorbe et le psaltérion;</p>
<p>Mais ni le luth qui berce et qui caresse,<br />
Ni la viole exquise de tendresse,<br />
Rien n’a charmé le souci maternel.</p>
<p>Pensive, au bord de la crèche accoudée,<br />
Elle pressent, crucifiante idée,<br />
Quelque chagrin qui lui semble éternel.</p>
<p>Les séraphins suspendent leur cantique :<br />
Et l’âpre son du hautbois bucolique<br />
Se mêle au frais gazouillis des pipeaux.</p>
<p>La corne a pris sa voix la plus câline,<br />
Et le roseau langoureux, en sourdine,<br />
Chante à ravir l’âme des bleus oiseaux.</p>
<p>On croit ouïr les endormeuses plaintes<br />
De l’air parmi les légers térébinthes,<br />
Du soir parmi les pâles oliviers.</p>
<p>En la blancheur de la lumière astrale<br />
Monte et descend la fraîche pastorale<br />
Que dit le choeur rustique des bouviers.</p>
<p>Cette musique élyséenne coule<br />
Et, vrai miracle, ondule et se déroule,<br />
S’achève et file en sanglots inouïs.</p>
<p>Des femmes vont à l’adorable Juive<br />
Offrir, avec la myrtille et l’olive,<br />
Roses et lis tout frais épanouis.</p>
<p>Silencieux, dévalant les collines,<br />
Orientés par les clartés divines,<br />
Déjà, voici les chameliers du Nil.</p>
<p>Ils ont offert l’ambre et le cinnamome<br />
Et ces lotus d’oasis dont l’arome<br />
Calme et guérit le mal le plus subtil.</p>
<p>Ni les soupirs des pipeaux et des flûtes,<br />
Ni le noël des chevriers hirsutes,<br />
Rien n’a charmé le maternel souci;</p>
<p>Ni les lotus, ni les lis de Judée,<br />
Ni l’oliban des rois de la Chaldée,<br />
Rien ne l’allège et rien ne l’adoucit.</p>
<p>Dans son berceau, que la mousse encourtine,<br />
L’enfant s’éveille, et sa lèvre enfantine<br />
S’ouvre et sourit d’un sourire de ciel.</p>
<p>Sur cette bouche idéalement rose,<br />
La Mère, moins songeuse, moins morose,<br />
Pose un baiser mouillé de pleurs de miel.</p>
<p>Ô tendres pleurs, délicieuses larmes,<br />
Est-il quelqu’un qui résiste à vos charmes?<br />
Femme, tes pleurs font pleurer tous les yeux!</p>
<p>Dès son réveil, calme, à celle dont l’âme<br />
D’inquiétude et d’angoisse se pâme,<br />
Le Fils envoie un regard radieux.</p>
<p>Nul pavillon d’impérator n’égale<br />
Ce gîte où luit la gloire filiale,<br />
Ce lit de paille aux rideaux de soleil.</p>
<p>Le pâtre adore et Joseph s’extasie :<br />
Certes, jamais les huchiers de l’Asie<br />
Ni les bouviers n’ont vu tableau pareil.</p>
<p>Vision rose, exquise épiphanie,<br />
Divine idylle à jamais non finie,<br />
Charmante encore après dix-huit cents ans!</p>
<p>Aux Bethléem mystiques, des deux Mondes<br />
Peuples et rois, caravanes profondes,<br />
À pleines nefs apportent des présents.</p>
<p>Bercail d’azur, asile de mystère,<br />
Où le noël amoureux de la terre<br />
Alterne avec le cantique des cieux!</p>
<p>Crèche où naquit l’agneau des paraboles,<br />
Agreste autel des célestes symboles,<br />
Je vois s’ouvrir ton chaume harmonieux.</p>
<p>Tout ébloui, sur le seuil je m’arrête,<br />
Je me prosterne et je courbe la tête,<br />
Dans la pénombre, en silence, à l’écart.</p>
<p>Pour te louer, divin berceau, j’aspire<br />
L’harmonieux lyrisme qu’on respire<br />
Dans les motifs des aèdes de l’art.</p>
<p>Ô Mère pure, ô Vierge maternelle,<br />
Vase de nard qui déborde et ruisselle,<br />
Inonde-moi des flots de ton amour!</p>
<p>Je veux bercer ta peine et ta hantise,<br />
Adoucir le mal qui te martyrise,<br />
Je veux aimer ton Jésus sans retour.</p>
<p>Suivant les pas des bergers et des Mages,<br />
Je viens offrir l’encens de mes hommages.<br />
Que n’ai-je l’or des antiques Crésus!</p>
<p>Oh! laisse-moi, Vierge, Mère divine,<br />
Prendre en mes bras, presser sur ma poitrine,<br />
Ton bien-aimé, ton trésor, ton Jésus!</p>
<p>Je veux que ma lèvre à sa lèvre touche.</p>
<p>Combien heureux je serais, si ma bouche<br />
Pouvait chanter un chant digne de toi!</p>
<p>Mais c’est en vain que mon hymne s’élance.<br />
Suspends ton rythme, ô mon coeur, le silence<br />
Exprime seul mon extatique émoi.</p>
<p>Nérée Beauchemin, <em>Les floraisons matutinales</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=L&rsquo;idylle dor&eacute;e, po&egrave;me de N&eacute;r&eacute;e Beauchemin<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$L&rsquo;idylle dor&eacute;e, un po&egrave;me de N&eacute;r&eacute;e Beauchemin.$QM$ $SL$$RA$<br />
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		<title>Lumière</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Mar 2012 18:57:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nérée Beauchemin]]></category>

		<category><![CDATA[Religion]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.poetica.fr/poeme-1304/lumiere/</guid>
		<description><![CDATA[Perdu dans les brouillards du sophisme et du doute,
Le monde, dans un noir tournoîment emporté,
S’effarait, quand soudain retentit sur la route
La voix de l’immanente infaillibilité.
Et l’on vit, aveuglant les fils de Zoroastre,
Perçant l’ombre où la haine occulte écume encor,
Brillante des clartés que verse un lever d’astre,
Resplendir la tiare aux trois couronnes d’or.
Triple soleil d’espoir éclatant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Perdu dans les brouillards du sophisme et du doute,<br />
Le monde, dans un noir tournoîment emporté,<br />
S’effarait, quand soudain retentit sur la route<br />
La voix de l’immanente infaillibilité.</p>
<p>Et l’on vit, aveuglant les fils de Zoroastre,<br />
Perçant l’ombre où la haine occulte écume encor,<br />
Brillante des clartés que verse un lever d’astre,<br />
Resplendir la tiare aux trois couronnes d’or.</p>
<p>Triple soleil d’espoir éclatant dans la brume<br />
Du sombre gouffre humain. Triple feu du flambeau<br />
Que Rome aux chandeliers à sept branches allume.<br />
Triple splendeur de Paul s’élançant du tombeau.</p>
<p>Hosanna! Béni soit Léon, l’homme-lumière,<br />
L’être divinisé, l’être immatériel,<br />
L’âme, l’élu, le saint, l’ange intermédiaire<br />
Entre Job et Jésus, entre l’homme et le ciel.</p>
<p>Il n’a plus qu’un lambeau de pourpre et de couronne,<br />
Mais cet humble martyr qui pleure et qui sourit,<br />
Ce divin qui bénit, ce clément qui pardonne,<br />
À jamais reste roi par le verbe et l’esprit.</p>
<p>Ce souverain qui n’a que son titre de père;<br />
Qui, pour sceptre, n’a plus qu’un roseau de pasteur,<br />
Ce prince de douleur, d’angoisse et de misère,<br />
Apparaît à nos yeux comme un triomphateur.</p>
<p>Au-dessus de ces fronts royaux que l’anarchie<br />
Menace, beau de calme et de sérénité,<br />
Il se dresse, et l’on voit sur sa tête blanchie<br />
Flotter comme une vague aube d’éternité.</p>
<p>Il parle, et l’Occident se prosterne en prière;<br />
Il appelle, et, là-bas, l’Orient, solennel,<br />
Dans la chape d’argent de sa gloire première,<br />
Exulte au cri du pape et vibre à son appel.</p>
<p>Les profondeurs de l’autre azur frémissent toutes,<br />
Et la Miséricorde en pleurs, sur l’univers<br />
Épandant les trésors des suprêmes absoutes,<br />
Rouvre les cieux fermés et ferme les enfers.</p>
<p>De l’aurore au couchant, l’encyclique féconde,<br />
Dans le déclin du grand siècle qui va finir,<br />
Sous le souffle de Dieu, s’en va de par le monde<br />
Répandre amour et paix, consoler et bénir.</p>
<p>Gloire au nouveau Jean! gloire à l’aigle des symboles!<br />
Gloire au révélateur des secrets de Sion!<br />
Au voyant dont le front constellé d’auréoles<br />
S’incline sous le vent de l’inspiration!</p>
<p>Béni soit-il, celui dont le vaste génie,<br />
Sur l’abîme du dogme ancien toujours nouveau,<br />
Ouvrant une nouvelle échappée infinie,<br />
Voit plus large, descend plus profond, va plus haut.</p>
<p>Gloire au Buonarotti de la foi catholique,<br />
Qui bâtit, sur le roc de Pierre, un monument<br />
Taillé dans le carrare et dans le pentélique,<br />
Éblouissant d’azur, d’or et de diamant.</p>
<p>Nérée Beauchemin, <em>Les floraisons matutinales</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=Lumi&egrave;re, po&egrave;me de N&eacute;r&eacute;e Beauchemin<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Lumi&egrave;re, un po&egrave;me de N&eacute;r&eacute;e Beauchemin.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=neree-beauchemin-lumiere<br />
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		<title>Parabole</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1303/emile-verhaeren-parabole/</link>
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		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 21:09:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Animaux]]></category>

		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<category><![CDATA[Nature]]></category>

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		<description><![CDATA[Parmi l&#8217;étang d&#8217;or sombre
Et les nénuphars blancs,
Un vol passant de hérons lents
Laisse tomber des ombres.
Elles s&#8217;ouvrent et se ferment sur l&#8217;eau
Toutes grandes, comme des mantes ;
Et le passage des oiseaux, là-haut,
S&#8217;indéfinise, ailes ramantes.
Un pêcheur grave et théorique
Tend vers elles son filet clair,
Ne voyant pas qu&#8217;elles battent dans l&#8217;air
Les larges ailes chimériques,
Ni que ce qu&#8217;il guette, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Parmi l&#8217;étang d&#8217;or sombre<br />
Et les nénuphars blancs,<br />
Un vol passant de hérons lents<br />
Laisse tomber des ombres.</p>
<p>Elles s&#8217;ouvrent et se ferment sur l&#8217;eau<br />
Toutes grandes, comme des mantes ;<br />
Et le passage des oiseaux, là-haut,<br />
S&#8217;indéfinise, ailes ramantes.</p>
<p>Un pêcheur grave et théorique<br />
Tend vers elles son filet clair,<br />
Ne voyant pas qu&#8217;elles battent dans l&#8217;air<br />
Les larges ailes chimériques,</p>
<p>Ni que ce qu&#8217;il guette, le jour, la nuit,<br />
Pour le serrer en des mailles d&#8217;ennui,<br />
En bas, dans les vases, au fond d&#8217;un trou,<br />
Passe dans la lumière, insaisissable et fou.</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Les bords de la route</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=Parabole, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Le po&egrave;me 'Parabole' du po&egrave;te du 19&egrave;me-20&egrave;me si&egrave;cle Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-parabole<br />
opsdsend--></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Pauvres vieilles cités</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1302/emile-verhaeren-pauvres-vieilles-cites/</link>
		<comments>http://www.poetica.fr/poeme-1302/emile-verhaeren-pauvres-vieilles-cites/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 21:07:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<category><![CDATA[Lieux]]></category>

		<category><![CDATA[Politique]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.poetica.fr/poeme-1302/pauvres-vieilles-cites/</guid>
		<description><![CDATA[Pauvres vieilles cités par les plaines perdues,
Dites de quel grand plan de gloire,
Vers la vie humble et dérisoire,
Toutes, vous voilà descendues.
Vous ne comprenez plus vos hauts beffrois en deuil,
Ni ce que disent aux nuées
Tant de pierres destituées
De leur ancien et bel orgueil,
Vos carrefours, vos grand&#8217;places et votre port,
Tout est muet et léthargique ;
Tout semble aller [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pauvres vieilles cités par les plaines perdues,<br />
Dites de quel grand plan de gloire,<br />
Vers la vie humble et dérisoire,<br />
Toutes, vous voilà descendues.</p>
<p>Vous ne comprenez plus vos hauts beffrois en deuil,<br />
Ni ce que disent aux nuées<br />
Tant de pierres destituées<br />
De leur ancien et bel orgueil,</p>
<p>Vos carrefours, vos grand&#8217;places et votre port,<br />
Tout est muet et léthargique ;<br />
Tout semble aller à pas logiques<br />
Vers l&#8217;horizon, où luit la mort.</p>
<p>Seule, quand le marché aligne au jour levé,<br />
Sur le trottoir, ses éventaires,<br />
Un peu de vie hebdomadaire<br />
Se cabre aux joints de vos pavés.</p>
<p>Ou bien, quand la kermesse et ses cortèges d&#8217;or<br />
Mènent leur ronde autour des rues,<br />
L&#8217;émoi des foules accourues<br />
Vous fait revivre une heure encor.</p>
<p>Vos moeurs sont pareilles à vos petits jardins :<br />
Buissons corrects, calmes verdures,<br />
Mais une odeur de moisissure<br />
Séjourne en leurs recoins malsains.</p>
<p>Vos gestes sont prudents, mesquins et routiniers,<br />
Vous ne penchez sur vos négoces<br />
Que des yeux mornes ou féroces,<br />
Qui ne comptent que par deniers.</p>
<p>Vos cerveaux sans révolte et vos coeurs sans fierté<br />
Se complaisent aux moindres choses,<br />
Et de pauvres apothéoses<br />
Font tressaillir vos vanités.</p>
<p>Vous ne produisez plus ni communiers ni gueux<br />
Et vivez à la dérobée<br />
Des miettes d&#8217;ombre et d&#8217;or tombées<br />
Du festin rouge des aïeux.</p>
<p>Pourtant, si triste et long que soit votre déclin,<br />
Notre rêve ne veut pas croire<br />
Que plus jamais la belle gloire<br />
Ne bondira de vos tremplins.</p>
<p>Vous vous armez encore de trop d&#8217;entêtement,<br />
Damme, Courtrai, Ypres, Termonde,<br />
Pour n&#8217;être plus au vent du monde<br />
Que des tombeaux d&#8217;orgueil flamand.</p>
<p>Et n&#8217;avoir plus aucun remords, aucun sursaut<br />
En ces heures de somnolence<br />
Où le visage du silence<br />
Se mire seul dans vos canaux.</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Toute la Flandre</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=Pauvres vieilles cit&eacute;s, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Le po&egrave;me 'Pauvres vieilles cit&eacute;s' du po&egrave;te du 19&egrave;me-20&egrave;me si&egrave;cle Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-pauvres-vieilles-cites<br />
opsdsend--></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Pèlerinage</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1301/emile-verhaeren-pelerinage/</link>
		<comments>http://www.poetica.fr/poeme-1301/emile-verhaeren-pelerinage/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 21:01:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Campagne]]></category>

		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.poetica.fr/poeme-1301/pelerinage/</guid>
		<description><![CDATA[Où vont les vieux paysans noirs
Par les chemins en or des soirs ?
A grands coups d&#8217;ailes affolées,
En leurs toujours folles volées,
Les moulins fous fauchent le vent.
Le cormoran des temps d&#8217;automne
jette au ciel triste et monotone
Son cri sombre comme la nuit.
C&#8217;est l&#8217;heure brusque de la terreur,
Où passe, en son charroi d&#8217;horreur,
Le vieux Satan des moissons fausses.
Par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Où vont les vieux paysans noirs<br />
Par les chemins en or des soirs ?</p>
<p>A grands coups d&#8217;ailes affolées,<br />
En leurs toujours folles volées,<br />
Les moulins fous fauchent le vent.</p>
<p>Le cormoran des temps d&#8217;automne<br />
jette au ciel triste et monotone<br />
Son cri sombre comme la nuit.</p>
<p>C&#8217;est l&#8217;heure brusque de la terreur,<br />
Où passe, en son charroi d&#8217;horreur,<br />
Le vieux Satan des moissons fausses.</p>
<p>Par la campagne en grand deuil d&#8217;or,<br />
Où vont les vieux silencieux</p>
<p>Quelqu&#8217;un a dû frapper l&#8217;été<br />
De mauvaise fécondité :<br />
Le blé haut ne fut que paille,</p>
<p>Les bonnes eaux n&#8217;ont point coulé<br />
Par les veines du champ brûlé ;<br />
Quelqu&#8217;un a dû frapper les sources</p>
<p>Quelqu&#8217;un a dû sécher la vie,<br />
Comme une gorge inassouvie<br />
Vide d&#8217;un trait le fond d&#8217;un verre.</p>
<p>Par la campagne en grand deuil d&#8217;or,<br />
Où vont les vieux et leur misère ?</p>
<p>L&#8217;âpre semeur des mauvais germes,<br />
Au temps de mai baignant les fermes,<br />
Les vieux l&#8217;ont tous senti passer.</p>
<p>Ils l&#8217;ont surpris morne et railleur,<br />
Penché sur la campagne en fleur;<br />
Plein de foudre, comme l&#8217;orage.</p>
<p>Les vieux n&#8217;ont rien osé se dire.<br />
Mais tous ont entendu son rire<br />
Courir de taillis en taillis.</p>
<p>Or, ils savent par quel moyen<br />
On peut fléchir Satan païen,<br />
Qui reste maître des moissons.</p>
<p>Par la campagne en grand deuil d&#8217;or,<br />
Où vont les vieux et leur frisson ?</p>
<p>L&#8217;âpre semeur du mauvais blé<br />
Entend venir ce défilé<br />
D&#8217;hommes qui se taisent et marchent.</p>
<p>Il sait que seuls ils ont encore,<br />
Au fond du coeur qu&#8217;elle dévore,<br />
Toute la peur de l&#8217;inconnu ;</p>
<p>Qu&#8217;obstinément ils dérobent en eux<br />
Son culte sombre et lumineux,<br />
Comme un minuit blanc de mercure,</p>
<p>Et qu&#8217;ils redoutent les révoltes,<br />
Et qu&#8217;ils supplient pour leurs récoltes<br />
Plus devant lui que devant Dieu.</p>
<p>Par la campagne en grand deuil d&#8217;or,<br />
Où vont les vieux porter leur voeu ?</p>
<p>Le Satan noir des champs brûlés<br />
Et des fermiers ensorcelés<br />
Qui font des croix de la main gauche,</p>
<p>Ce soir, à l&#8217;heure où l&#8217;horizon est rouge<br />
Contre un arbre dont rien ne bouge,<br />
Depuis une heure est accoudé.</p>
<p>Les vieux ont pu l&#8217;apercevoir,<br />
Avec ses yeux dardés vers eux,<br />
D&#8217;entre ses cils de chardons morts.</p>
<p>Ils ont senti qu&#8217;il écoutait<br />
Les silences de leur souhait<br />
Et leur prière uniquement pensée.</p>
<p>Alors, subitement,<br />
En un grand feu de tourbe<br />
et de branches coupées lis ont jeté un chat vivant.</p>
<p>Regards éteints, pattes crispées,<br />
La bête est morte atrocement,</p>
<p>Pendant qu&#8217;au long des champs muets,<br />
Sous le gel rude et le vent froid,<br />
Chacun, par un chemin à soi,<br />
Sans rien savoir s&#8217;en revenait.</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Les campagnes hallucinées</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=P&egrave;lerinage, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Un po&egrave;me intitul&eacute; 'P&egrave;lerinage' d'Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-pelerinage<br />
opsdsend--></p>
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		<title>Pieusement</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1300/emile-verhaeren-pieusement/</link>
		<comments>http://www.poetica.fr/poeme-1300/emile-verhaeren-pieusement/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 20:59:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<category><![CDATA[Hiver]]></category>

		<category><![CDATA[Religion]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.poetica.fr/poeme-1300/pieusement/</guid>
		<description><![CDATA[La nuit d&#8217;hiver élève au ciel son pur calice.
Et je lève mon coeur aussi, mon coeur nocturne,
Seigneur, mon cœur ! vers ton pâle infini vide,
Et néanmoins je sais que tout est taciturne
Et qu&#8217;il n&#8217;existe rien dont ce coeur meurt, avide ;
Et je te sais mensonge et mes lèvres te prient
Et mes genoux ; je sais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La nuit d&#8217;hiver élève au ciel son pur calice.</p>
<p>Et je lève mon coeur aussi, mon coeur nocturne,<br />
Seigneur, mon cœur ! vers ton pâle infini vide,<br />
Et néanmoins je sais que tout est taciturne<br />
Et qu&#8217;il n&#8217;existe rien dont ce coeur meurt, avide ;<br />
Et je te sais mensonge et mes lèvres te prient</p>
<p>Et mes genoux ; je sais et tes grandes mains closes<br />
Et tes grands yeux fermés aux désespoirs qui crient,<br />
Et que c&#8217;est moi, qui seul, me rêve dans les choses ;<br />
Sois de pitié, Seigneur, pour ma toute démence.<br />
J&#8217;ai besoin de pleurer mon mal vers ton silence !&#8230;</p>
<p>La nuit d&#8217;hiver élève au ciel son pur calice !</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Les débâcles</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=Pieusement, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Un po&egrave;me intitul&eacute; 'Pieusement' d'Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-pieusement<br />
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		</item>
		<item>
		<title>Sur la mer</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1299/emile-verhaeren-sur-la-mer/</link>
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		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 20:57:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<category><![CDATA[Mer]]></category>

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		<description><![CDATA[Larges voiles au vent, ainsi que des louanges,
La proue ardente et fière et les haubans vermeils,
Le haut navire apparaissait, comme un archange
Vibrant d&#8217;ailes qui marcherait, dans le soleil.
La neige et l&#8217;or étincelaient sur sa carène ;
Il étonnait le jour naissant, quand il glissait
Sur le calme de l&#8217;eau prismatique et sereine ;
Les mirages, suivant son vol, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Larges voiles au vent, ainsi que des louanges,<br />
La proue ardente et fière et les haubans vermeils,<br />
Le haut navire apparaissait, comme un archange<br />
Vibrant d&#8217;ailes qui marcherait, dans le soleil.</p>
<p>La neige et l&#8217;or étincelaient sur sa carène ;<br />
Il étonnait le jour naissant, quand il glissait<br />
Sur le calme de l&#8217;eau prismatique et sereine ;<br />
Les mirages, suivant son vol, se déplaçaient.</p>
<p>On ne savait de quelle éclatante Norvège<br />
Le navire, jadis, avait pris son élan,<br />
Ni depuis quand, pareil aux archanges de neige,<br />
Il étonnait les flots de son miracle blanc.</p>
<p>Mais les marins des mers de cristal et d&#8217;étoiles<br />
Contaient son aventure avec de tels serments,<br />
Que nul n&#8217;osait nier qu&#8217;on avait vu ses voiles,<br />
Depuis toujours, joindre la mer aux firmaments.</p>
<p>Sa fuite au loin ou sa présence vagabonde<br />
Hallucinant les caps et les îles du Nord<br />
Et le futur des temps et le passé du monde<br />
Passaient, devant les yeux, quand on narrait son sort.</p>
<p>Au temps des rocs sacrés et des croyances frustes,<br />
Il avait apporté la légende et les dieux,<br />
Dans les tabliers d&#8217;or de ses voiles robustes<br />
Gonflés d&#8217;espace immense et de vent radieux.</p>
<p>Les apôtres chrétiens avaient nimbé de gloire<br />
Son voyage soudain, vers le pays du gel,<br />
Quand s&#8217;avançait, de promontoire en promontoire,<br />
Leur culte jeune à la conquête des autels.</p>
<p>Les pensers de la Grèce et les ardeurs de Rome,<br />
Pour se répandre au coeur des peuples d&#8217;Occident,<br />
S&#8217;étaient mêlés, ainsi que des grappes d&#8217;automne,<br />
A son large espalier de cordages ardents.</p>
<p>Et quand sur l&#8217;univers plana quatre-vingt-treize<br />
Livide et merveilleux de foudre et de combats,<br />
Le vol du temps frôla de ses ailes de braise<br />
L&#8217;orgueil des pavillons et l&#8217;audace des mâts.</p>
<p>Ainsi, de siècle en siècle, au cours fougueux des âges,<br />
Il emplissait d&#8217;espoir les horizons amers,<br />
Changeant ses pavillons, changeant ses équipages,<br />
Mais éternel dans son voyage autour des mers.</p>
<p>Et maintenant sa hantise domine encore,<br />
Comme un faisceau tressé de magiques lueurs,<br />
Les yeux et les esprits qui regardent l&#8217;aurore<br />
Pour y chercher le nouveau feu des jours meilleurs.</p>
<p>Il vogue ayant à bord les prémices fragiles,<br />
Ce que seront la vie et son éclair, demain,<br />
Ce qu&#8217;on a pris non plus au fond des Evangiles,<br />
Mais dans l&#8217;instinct mieux défini de l&#8217;être humain.</p>
<p>Ce qu&#8217;est l&#8217;ordre futur et la bonté logique,<br />
Et la nécessité claire, force de tous,<br />
Ce qu&#8217;élabore et veut l&#8217;humanité tragique<br />
Est oscillant déjà dans l&#8217;or de ses remous.</p>
<p>Il passe, en un grand bruit de joie et de louanges,<br />
Frôlant les quais à l&#8217;aube ou les môles le soir<br />
Et pour ses pieds vibrants et lumineux d&#8217;archange,<br />
L&#8217;immense flux des mers s&#8217;érige en reposoir.</p>
<p>Et c&#8217;est les mains du vent et les bras des marées<br />
Qui d&#8217;eux-mêmes, un jour, en nos havres de paix<br />
Pousseront le navire aux voiles effarées<br />
Qui nous hanta toujours, mais n&#8217;aborda jamais.</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Les forces tumultueuses</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=Sur la mer, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Le po&egrave;me 'Sur la mer' du po&egrave;te du 19&egrave;me-20&egrave;me si&egrave;cle Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-sur-la-mer<br />
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		</item>
		<item>
		<title>Vers la mer</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1298/emile-verhaeren-vers-la-mer/</link>
		<comments>http://www.poetica.fr/poeme-1298/emile-verhaeren-vers-la-mer/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 20:55:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<category><![CDATA[Le temps qui passe]]></category>

		<category><![CDATA[Mer]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.poetica.fr/poeme-1298/vers-la-mer/</guid>
		<description><![CDATA[Comme des objets frêles,
Les vaisseaux blancs semblent posés
Sur la mer éternelle.
Le vent futile et pur n&#8217;est que baisers ;
Et les écumes,
Qui doucement échouent
Contre les proues,
Ne sont que plumes ;
Il fait dimanche sur la mer !
Telles des dames
Passent, au ciel ou vers les plages,
Voilures et nuages :
Il fait dimanche sur la mer ;
Et l&#8217;on voit luire, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comme des objets frêles,<br />
Les vaisseaux blancs semblent posés<br />
Sur la mer éternelle.</p>
<p>Le vent futile et pur n&#8217;est que baisers ;<br />
Et les écumes,<br />
Qui doucement échouent<br />
Contre les proues,<br />
Ne sont que plumes ;<br />
Il fait dimanche sur la mer !</p>
<p>Telles des dames<br />
Passent, au ciel ou vers les plages,<br />
Voilures et nuages :<br />
Il fait dimanche sur la mer ;<br />
Et l&#8217;on voit luire, au loin, des rames,<br />
Barres de prismes sur la mer.<br />
Fier de moi-même et de cette heure<br />
Qui scintillait en grappes de joyaux<br />
Translucides sur l&#8217;eau,<br />
J&#8217;ai crié vêrs l&#8217;espace et sa splendeur :<br />
&#8221; Ô mer de luxe frais et de moires fleuries,<br />
Où le mouvant et vaste été<br />
Marie<br />
Sa force à la douceur et la limpidité ;<br />
Mer de clarté et de conquête,<br />
Où voyagent, de crête en crête,<br />
Sur les vagues qu&#8217;elles irisent,<br />
Les brises ;<br />
Mer de beauté sonore et de vives merveilles,<br />
Dont la rumeur bruit à mes oreilles<br />
Depuis qu&#8217;enfant j&#8217;imaginais les grèves bleues<br />
Où l&#8217;Ourse et le Centaure et le Lion des cieux<br />
Venaient boire, le soir,<br />
Là-bas, très loin, à l&#8217;autre bout du monde ;<br />
Ô mer, qui fus ma jeunesse cabrée,<br />
Ainsi que tes marées<br />
Vers les dunes aux mille crêtes,<br />
Accueille-moi, ce jour, où les eaux sont en fête !</p>
<p>J&#8217;aurai vécu, l&#8217;âme élargie,<br />
Sous les visages clairs, profonds, certains<br />
Qui regardent, du haut des horizons lointains,<br />
Surgir, vers leur splendeur, mon énergie.<br />
J&#8217;aurai senti les flux<br />
Unanimes des choses<br />
Me charrier en leurs métamorphoses<br />
Et m&#8217;emporter, dans leur reflux.<br />
J&#8217;aurai vécu le mont, le bois, la terre ;<br />
J&#8217;aurai versé le sang des dieux dans mes artères ;<br />
J&#8217;aurai brandi, comme un glaive exalté,<br />
Vers mon devoir, ma volonté ;<br />
Et maintenant c&#8217;est sur tes bords, ô mer suprême,<br />
Où tout se renouvelle, où tout se reproduit,<br />
Après s&#8217;être disjoint, après s&#8217;être détruit,<br />
Que je reviens pour qu&#8217;on y sème<br />
Cet univers qui fut moi-même.</p>
<p>L&#8217;ombre se fait en moi ; l&#8217;âge s&#8217;étend<br />
Comme une ornière autour du champ<br />
Qui fut ma force en fleur et ma vaillance.<br />
Plus n&#8217;est ferme toujours ni hautaine ma lance ;<br />
L&#8217;arbre de mon orgueil reverdit moins souvent<br />
Et son feuillage boit moins largement le vent<br />
Qui passe en ouragan sur les forêts humaines. Ô mer,<br />
Je sens tarir les sources, dans mes plaines,<br />
Mais j&#8217;ai recours à toi pour l&#8217;exalter,<br />
Une fois encor,<br />
Et le grandir et le transfigurer,<br />
Mon corps,<br />
En attendant qu&#8217;on t&#8217;apporte sa mort,<br />
Pour à jamais la dissoudre en ta vie.</p>
<p>Alors,<br />
Ô mer, tu me perdras en tes furies<br />
De renaissance et de fécondité ;<br />
Tu rouleras en tes ombres et tes lumières<br />
Ma pourriture et ma poussière ;<br />
Tu voileras sous ta beauté<br />
Toute ma cendre et tout mon deuil ;<br />
J&#8217;aurai l&#8217;immensité des forces pour cercueil<br />
Et leur travail obscur et leur ardeur occulte ;<br />
Mon être entier sera perdu, sera fondu,<br />
Dans le bassin géant de leurs tumultes,<br />
Mais renaîtra, après mille et mille ans,<br />
Vierge et divin, sauvage et clair et frissonnant,<br />
Amas subtil de matière qui pense,<br />
Moment nouveau de conscience,<br />
Flamme nouvelle de clarté,<br />
Dans les yeux d&#8217;or de l&#8217;immobile éternité ! &#8220;</p>
<p>Comme de lumineux tombeaux,<br />
Les vaisseaux blancs semblent posés,<br />
De loin en loin, sur les plaines des eaux.</p>
<p>Le vent subtil n&#8217;est que baisers ;<br />
Et les écumes,<br />
Qui doucement échouent<br />
Contre les proues,<br />
Ne sont que plumes :<br />
Il fait dimanche sur la mer !</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Les visages de la vie</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=Vers la mer, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Vers la mer, un po&egrave;me d'Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-vers-la-mer<br />
opsdsend--></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Vénus</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1297/emile-verhaeren-venus/</link>
		<comments>http://www.poetica.fr/poeme-1297/emile-verhaeren-venus/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 20:53:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Amour]]></category>

		<category><![CDATA[Beauté]]></category>

		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<category><![CDATA[Mort]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.poetica.fr/poeme-1297/venus/</guid>
		<description><![CDATA[Vénus,
La joie est morte au jardin de ton corps
Et les grands lys des bras et les glaïeuls des lèvres
Et les grappes de gloire et d&#8217;or,
Sur l&#8217;espalier mouvant que fut ton corps,
ont morts.
Les cormorans des temps d&#8217;octobre ont laissé choir
Plume à plume, leur deuil, au jardin de tes charmes ;
Mélancoliques, les soirs
Ont laissé choir
Leur deuil, sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vénus,<br />
La joie est morte au jardin de ton corps<br />
Et les grands lys des bras et les glaïeuls des lèvres<br />
Et les grappes de gloire et d&#8217;or,<br />
Sur l&#8217;espalier mouvant que fut ton corps,<br />
ont morts.</p>
<p>Les cormorans des temps d&#8217;octobre ont laissé choir<br />
Plume à plume, leur deuil, au jardin de tes charmes ;</p>
<p>Mélancoliques, les soirs<br />
Ont laissé choir<br />
Leur deuil, sur tes flambeaux et sur tes armes.</p>
<p>Hélas ! Tant d&#8217;échos morts et mortes tant de voix !<br />
Au loin, là-bas, sur l&#8217;horizon de cendre rouge,<br />
Un Christ élève au ciel ses bras en croix :<br />
Miserere par les grands soirs et les grands bois !</p>
<p>Vénus,<br />
Sois doucement l&#8217;ensevelie,<br />
Dans la douceur et la mélancolie</p>
<p>Et dans la mort du jardin clair ;<br />
Mais que dans l&#8217;air<br />
Persiste à s&#8217;exalter l&#8217;odeur immense de ta chair.</p>
<p>Tes yeux étaient dardés, comme des feux d&#8217;ardeur,<br />
Vers les étoiles éternelles ;<br />
Et les flammes de tes prunelles<br />
Définissaient l&#8217;éternité, par leur splendeur.</p>
<p>Tes mains douces, comme du miel vermeil,<br />
Cueillaient, divinement, sur les branches de l&#8217;heure,<br />
Les fruits de la jeunesse à son éveil ;<br />
Ta chevelure était un buisson de soleil ;</p>
<p>Ton torse, avec ses feux de clartés rondes,<br />
Semblait un firmament d&#8217;astres puissants et lourds ;<br />
Et quand tes bras serraient, contre ton coeur, l&#8217;Amour,<br />
Le rythme de tes seins rythmait l&#8217;amour du monde.</p>
<p>Sur l&#8217;or des mers, tu te dressais, tel un flambeau.<br />
Tu te donnais à tous comme la terre,<br />
Avec ses fleurs, ses lacs, ses monts, ses renouveaux<br />
Et ses tombeaux.</p>
<p>Mais aujourd&#8217;hui que sont venus<br />
D&#8217;autres désirs de l&#8217;Inconnu,<br />
Sois doucement, Vénus, la triste et la perdue,<br />
Au jardin mort, parmi les bois et les parfums,<br />
Avec, sur ton sommeil, la douceur suspendue<br />
D&#8217;une fleur, par l&#8217;automne et l&#8217;ouragan, tordue.</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Les forces tumultueuses</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=V&eacute;nus, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Un po&egrave;me intitul&eacute; 'V&eacute;nus' d'Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-venus<br />
opsdsend--></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Londres</title>
		<link>http://www.poetica.fr/poeme-1296/emile-verhaeren-londres/</link>
		<comments>http://www.poetica.fr/poeme-1296/emile-verhaeren-londres/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 20:47:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Poetica</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Emile Verhaeren]]></category>

		<category><![CDATA[Lieux]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.poetica.fr/poeme-1296/londres/</guid>
		<description><![CDATA[Et ce Londres de fonte et de bronze, mon âme,
Où des plaques de fer claquent sous des hangars,
Où des voiles s&#8217;en vont, sans Notre-Dame
Pour étoile, s&#8217;en vont, là-bas, vers les hasards.
Gares de suie et de fumée, où du gaz pleure
Ses spleens d&#8217;argent lointain vers des chemins d&#8217;éclair,
Où des bêtes d&#8217;ennui bâillent à l&#8217;heure
Dolente immensément, qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Et ce Londres de fonte et de bronze, mon âme,<br />
Où des plaques de fer claquent sous des hangars,<br />
Où des voiles s&#8217;en vont, sans Notre-Dame<br />
Pour étoile, s&#8217;en vont, là-bas, vers les hasards.</p>
<p>Gares de suie et de fumée, où du gaz pleure<br />
Ses spleens d&#8217;argent lointain vers des chemins d&#8217;éclair,<br />
Où des bêtes d&#8217;ennui bâillent à l&#8217;heure<br />
Dolente immensément, qui tinte à Westminster.</p>
<p>Et ces quais infinis de lanternes fatales,<br />
Parques dont les fuseaux plongent aux profondeurs,<br />
Et ces marins noyés, sous des pétales<br />
De fleurs de boue où la flamme met des lueurs.</p>
<p>Et ces châles et ces gestes de femmes soûles,<br />
Et ces alcools en lettres d&#8217;or jusques au toit,<br />
Et tout à coup la mort parmi ces foules,<br />
O mon âme du soir, ce Londres noir qui traîne en toi !</p>
<p>Emile Verhaeren, <em>Les soirs</em></p>
<p><!--opsdsstart<br />
opsds_title=Londres, po&egrave;me d'Emile Verhaeren<br />
opsds_description=$LA$meta name$EQ$$QM$description$QM$ content$EQ$$QM$Londres, un po&egrave;me d'Emile Verhaeren.$QM$ $SL$$RA$<br />
opsds_slug=emile-verhaeren-londres<br />
opsdsend--></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.poetica.fr/poeme-1296/emile-verhaeren-londres/feed/</wfw:commentRss>
		</item>
	</channel>
</rss>

